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La fonction de chef de gouvernement resterait-elle un territoire exclusivement masculin au Maroc?

La fonction de chef de gouvernement resterait-elle un territoire exclusivement masculin au Maroc?

Les urnes ont tranché. Restent désormais le temps des consultations, des alliances pour la construction de la future majorité.

Les élections législatives du 23 septembre 2026 ont placé le Parti authenticité et modernité en tête du scrutin avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Un résultat obtenu dans un scrutin marqué par une participation de 38,02 %.  

Ce résultat ouvre naturellement une nouvelle séquence politique. Car arriver en tête ne suffit pas : encore faut-il construire une majorité capable de porter un programme gouvernemental et de répondre aux attentes économiques et sociales du pays.

Mais cette élection soulève aussi une question qui dépasse les seuls calculs d’alliances : pourquoi pas, une femme à la tête du gouvernement marocain ?

La question n’a rien d’institutionnellement incongru. L’article 47 de la Constitution dispose que le Roi nomme le Chef du gouvernement « au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants, et au vu de leurs résultats ». La Constitution ne prévoit donc évidemment aucune distinction liée au genre pour l’exercice de cette responsabilité.  

Or, au sein du PAM, une femme occupe depuis plusieurs années une place centrale : Fatima-Zahra El Mansouri.

Avocate de formation, elle a construit son parcours politique dans la durée. Élue à la tête de Marrakech en 2009, puis de nouveau présidente du Conseil communal en 2021, elle a également exercé des responsabilités parlementaires sous les couleurs du PAM. Elle est entrée au gouvernement en 2021 comme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, fonction qu’elle exerce toujours dans le gouvernement chargé des affaires courantes.  

Mais son parcours ne se résume pas à une succession de fonctions. Il traduit une présence durable dans la vie politique marocaine, à la fois locale, parlementaire, gouvernementale et partisane.

Durant cette dernière campagne, Fatima-Zahra El Mansouri a surtout assumé une ambition politique. Elle est allée au scrutin, son parti est arrivé en tête et, au lendemain des élections,
interrogée sur l’éventualité d’une nomination à la tête du gouvernement, elle a déclaré qu’une telle responsabilité constituerait pour elle «un grand honneur» si le Roi en décidait ainsi.  

Donc à l’ambition politique s’ajoute le choix personnel qui honore. 

Les résultats de 2026 déclenchent  une question généralement écartée depuis des décennies.

Est-ce que Maroc est prêt à avoir, pour la première fois de son histoire, une femme Chef de gouvernement ?

Cette interrogation devrait-elle encore surprendre ? À priori non. 

Car les Marocaines  dirigent aujourd’hui des ministères stratégiques, des entreprises, des institutions publiques et privées et des collectivités territoriales et des conseils constitutionnels . Elles sont magistrates, médecins, ingénieures, entrepreneures, universitaires et responsables politiques. Leur présence dans les espaces de décision s’est progressivement imposée comme une réalité de la société marocaine.

Accéder à la tête du gouvernement constituerait moins une rupture qu’une nouvelle étape dans cette évolution dans un Maroc moderne. 

La question essentielle devrait d’ailleurs être celle de la capacité à gouverner : expérience, aptitude à construire une majorité, connaissance des dossiers, autorité politique, capacité de dialogue et vision pour répondre aux défis du pays sur le plan national et international. 

Sur ces critères, une femme doit pouvoir être considérée exactement comme un homme. Parce que les défis qui attendent le prochain gouvernement sont considérables : pouvoir d’achat, emploi, croissance, ressources hydriques, investissements, réformes sociales, préparation du Mondial 2030 et adaptation de l’économie marocaine à un environnement international de plus en plus incertain.

C’est sur ces enjeux que devra être jugée la prochaine équipe gouvernementale.

L’élection de 2026 aura, quoi qu’il arrive, envoyé un signal politique : une femme peut désormais se retrouver au cœur des scénarios de formation d’un gouvernement au Maroc, non pas simplement parce qu’elle est une femme, mais parce qu’elle appartient à la direction de la formation arrivée en tête des élections et dispose d’un parcours politique et gouvernemental établi.

Le Maroc a choisi depuis plusieurs décennies d’élargir progressivement la place des femmes dans la vie publique. La Constitution de 2011 a consacré le principe de parité et renforcé cette dynamique.

Après 15 ans, pourquoi la fonction de Chef du gouvernement resterait-elle, dans les représentations collectives, un territoire exclusivement masculin ?

La démocratie avance aussi lorsque certaines questions cessent d’être exceptionnelles.

Et tant mieux.

 

F.Z Ouriaghli

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