Au Maroc, les médicaments représentent une part importante des dépenses de santé, en particulier dans le cadre de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), qui couvre aujourd’hui 27,8 millions de bénéficiaires.
Selon le Conseil de la concurrence, en 2024, les dépenses en médicaments engagées par les assurés affiliés à la CNOPS et à la CNSS (hors automédication) ont atteint près de 11,86 milliards de dirhams.
Sur la période 2014-2024, ces dépenses ont connu une progression continue, avec une accélération notable à partir de 2022, notamment du côté de la CNSS, sous l’effet de la généralisation de l’AMO.
A la CNSS, les dépenses en médicaments ont été multipliées par sept, passant de 1,17 milliard de dirhams en 2014 à 8,29 milliards de dirhams en 2024. Cette hausse s’explique en grande partie par l’élargissement de la population couverte : le nombre d’assurés est passé de 8,6 millions en 2021 à 24,7 millions en 2024.
Du côté de la CNOPS, la progression est plus modérée. Les dépenses en médicaments ont augmenté de 1,97 milliard de dirhams en 2014 à 3,58 milliards de dirhams en 2024, soit une hausse de 81 % en dix ans.
Sur la même période, le nombre de consommateurs est passé de 1,06 million à 1,35 million, tandis que la population assurée reste relativement stable, autour de 3,1 millions de personnes.
Cette évolution est directement liée à la généralisation de la Couverture sanitaire universelle (CSU), accélérée à partir de 2022, dans le cadre d’un vaste chantier de transformation sociale visant à renforcer l’Etat social et à améliorer l’accès aux soins.
La réforme repose sur deux piliers principaux : l’extension de l’AMO à l’ensemble des actifs, notamment les travailleurs non salariés, et l’intégration des populations vulnérables auparavant couvertes par le RAMED, soit plus de 11 millions de personnes, désormais incluses dans le régime contributif avec une prise en charge des cotisations par l’Etat via le Fonds de cohésion sociale.
Cette extension de la couverture médicale devrait mécaniquement entraîner une hausse progressive de la consommation de médicaments.
Toutefois, selon les données du Conseil régional des pharmaciens d’officine du Sud (CRPOS), le niveau de consommation demeure encore relativement limité.
En 2024, la dépense moyenne annuelle en médicaments par habitant s’établit à 642 dirhams contre 588 dirhams en 2023 et 476 dirhams en 2020, soit une progression d’environ 35% sur la période.
Malgré cette hausse, le niveau de consommation reste nettement inférieur à celui observé dans plusieurs pays développés. A titre de comparaison, les dépenses annuelles par habitant atteignaient en 2024 environ 17.060 dirhams aux Etats-Unis, 7.992 dirhams en Allemagne, 5.378 dirhams en France et 4.259 dirhams au Portugal.