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Conflit au Moyen-Orient : Quels effets sur l’attractivité touristique du Maroc ?

Conflit au Moyen-Orient  : Quels effets sur l’attractivité touristique du Maroc ?

Dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, les équilibres du tourisme international pourraient être bousculés. Fermetures d’espaces aériens, perturbations du transport aérien, hausse possible des coûts énergétiques et effets psychologiques sur les voyageurs sont autant de facteurs susceptibles d’influencer les flux touristiques. Zoubir Bouhoute, expert et chercheur en tourisme, analyse les risques et opportunités que cette conjoncture géopolitique pourrait créer pour le Maroc.

 

Propos recueillis par J. M.

Finances News Hebdo : Si le conflit au Moyen-Orient s’intensifie ou se prolonge, quels seraient les impacts sur le tourisme marocain ?

Zoubir Bouhoute : Si le conflit au Moyen-Orient venait à s’intensifier ou à se prolonger, ses effets pourraient se répercuter sur le tourisme mondial de manière significative, y compris sur des destinations géographiquement éloignées comme le Maroc.

Les récents affrontements ont provoqué des fermetures d’espace aérien et des perturbations massives dans le transport aérien : des hubs internationaux comme Dubaï, Abu Dhabi et Doha ont suspendu ou limité leurs opérations, laissant des centaines de milliers de passagers bloqués, provoquant des annulations et des retards importants pour les vols entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. L’industrie du tourisme fonctionne sur la base de la confiance des voyageurs.

Lorsque des tensions géopolitiques s’exacerbent dans une région du monde, même si elles n’affectent pas directement la sécurité physique d’autres pays, cela peut entamer la confiance des voyageurs internationaux et entraîner un recul des réservations vers des destinations perçues, à tort ou à raison, comme «situées dans la même zone» ou «psychologiquement associées» à un traumatisme géopolitique.

Pour le Maroc, bien que le pays soit géographiquement en dehors du théâtre immédiat du conflit et qu’aucune restriction de voyage ou alerte de sécurité majeure n’y ait été émise par les autorités internationales, les perturbations dans les itinéraires aériens et l’incertitude psychologique créée par le conflit pourraient ralentir temporairement la croissance des flux touristiques, notamment pour les voyageurs sensibles aux incidents internationaux ou ceux qui transitent par des hubs affectés par les perturbations aériennes.

 

F. N. H. : Cette guerre peutelle provoquer un effet d’amalgame géographique chez certains touristes internationaux et impacter les réservations vers le Maroc, malgré son éloignement direct du conflit ?

Z. B. : Le phénomène de contagion psychologique est bien documenté dans le secteur du tourisme. Quand un conflit touche une région qui est, plus largement, considérée comme culturellement ou géographiquement homogène (par exemple, la région MENA – Moyen-Orient et Afrique du Nord), des segments de voyageurs peuvent confondre des zones proches et lointaines et réduire leur intention de voyager vers des destinations qui n’ont en réalité aucun risque direct lié au conflit.

Même si le Maroc est éloigné des zones de combat et n’a fait l’objet d’aucune alerte officielle de sécurité, des messages médiatiques généralisant «le Moyen-Orient» comme une région instable peuvent influencer négativement la perception de certains touristes internationaux.

Cette dynamique psychologique est renforcée quand les médias ou certains analystes simplifient les descriptions géopolitiques, ce qui peut réduire l’attractivité perçue de destinations touristiques en Afrique du Nord, même si elles restent sûres et stables.

Pour contrer cet effet d’amalgame, il est essentiel que les autorités marocaines élaborent et déploient une communication internationale très claire et spécifique à travers des messages publics cohérents sur les plateformes officielles de tourisme, des campagnes d’information dans les marchés clés, et des coopérations institutionnelles pour assurer que les messages de sécurité et d’ouverture du Maroc soient diffusés de manière ciblée, en évitant les généralisations.

Une telle communication doit non seulement affirmer la réalité objective de la sécurité au Maroc, comme l’a confirmé récemment une mise à jour des conseils de voyage, qui classe le pays comme ouvert et sûr, mais aussi contextualiser la logique géographique pour que les voyageurs comprennent intuitivement que le Royaume n’est pas impliqué dans le conflit.

Ainsi, bien qu’il existe un risque de perception erronée, une réponse proactive bien orchestrée permettrait d’atténuer cet effet d’amalgame et de rassurer les marchés internationaux.

 

F. N. H. : Ce contexte géopolitique tendu peut-il, paradoxalement, redessiner les flux touristiques en faveur du Maroc, en tant que destination perçue comme stable dans la région MENA, et sous quelles conditions économiques cela serait-il possible ?

Z. B. : Dans un environnement régional instable, certaines destinations peuvent bénéficier d’un effet de substitution, où les voyageurs redirigent leur intérêt vers des pays considérés comme plus sûrs, stables et accessibles.

Le Maroc, en particulier, est déjà l’un des principaux marchés touristiques de la zone Afrique du Nord, affichant une croissance substantielle avant même les tensions actuelles, avec des données récentes montrant qu’il figurait parmi les trois pays à la plus forte croissance de fréquentation touristique internationale au premier semestre 2025, selon des publications de l’Organisation mondiale du tourisme. L’histoire récente du tourisme mondial montre que face à des conflits, certains pays perçus comme réputés pour leur stabilité politique et leur sécurité peuvent attirer des flux détournés de destinations traditionnellement populaires.

De plus, selon des analyses spécifiques à la région MENA, des pays d’Afrique du Nord et du Golfe ont continué à enregistrer une croissance des arrivées malgré les tensions.

Dans cette dynamique, la capacité du Maroc à maintenir des liaisons aériennes directes avec les principaux marchés émetteurs, une qualité d’expérience touristique reconnue et une image forte de sécurité peuvent être un avantage stratégique pour attirer ceux qui cherchent une expérience culturelle, historique et sécurisée dans un contexte régional incertain.

Cependant, cette opportunité ne se concrétiserait pleinement que si des conditions économiques spécifiques sont réunies.

Premièrement, il est nécessaire de maintenir une accessibilité aérienne renforcée, notamment via divers pôles de connexion, tarifs compétitifs et accords de routes aériennes, afin de compenser les ruptures de liaison causées par la fermeture ou la perturbation des hubs habituels.

Deuxièmement, investir dans des campagnes marketing internationales ciblées visant les marchés qui hésitent devant les destinations du Moyen-Orient est déterminant pour convertir ces intentions vers le Maroc.

Troisièmement, le maintien et l’organisation effective d’événements internationaux majeurs sur le territoire marocain constituent un indicateur concret de stabilité et de continuité institutionnelle.

À titre d’exemple, la tenue prévue de Gitex Africa à Marrakech au mois d’avril représente un signal particulièrement fort adressé aux marchés internationaux.

La confirmation et le déroulement normal d’un événement technologique d’envergure mondiale, rassemblant des milliers de participants, d’exposants et d’investisseurs issus de plusieurs continents, démontrent que le Maroc demeure un espace sécurisé, organisé et pleinement opérationnel, malgré un contexte géopolitique tendu dans certaines parties du Moyen-Orient.

 

F. N. H. : Dans quelle mesure une flambée durable des prix de l’énergie et du transport aérien pourrait-elle peser sur la compétitivité du Maroc par rapport à d’autres destinations méditerranéennes ?

Z. B. : Un prolongement du conflit au Moyen-Orient a des répercussions bien au-delà de la zone géographique elle même, notamment sur les marchés énergétiques mondiaux.

Historiquement, les tensions dans cette région influent directement sur les cours du pétrole et des carburants. Lorsque les prix du pétrole augmentent, cela se répercute rapidement sur le coût du kérosène, qui représente une part importante des dépenses des compagnies aériennes.

Des hausses durables du prix de l’énergie peuvent faire augmenter les coûts d’exploitation des vols long-courrier, ce qui conduit à une hausse des tarifs des billets d’avion et à une réduction de la demande de voyages internationaux, surtout sur les segments sensibles au prix.

Pour un pays comme le Maroc, qui dépend en partie du transport aérien pour relier ses principales destinations touristiques aux marchés émetteurs européens et internationaux, cette flambée des coûts pourrait diminuer sa compétitivité relative par rapport à des destinations méditerranéennes proches, accessibles par des trajets moins coûteux ou via des liaisons terrestres ou maritimes.

Les destinations européennes voisines, par exemple, pourraient devenir des alternatives plus attractives pour certains segments de voyageurs si les coûts aériens vers l’Afrique du Nord augmentent fortement.

 

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