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Emploi : Le rendez-vous manqué !

Emploi : Le rendez-vous manqué !

Le Maroc affiche aujourd'hui de bons indicateurs macroéconomiques. Avec une croissance estimée à 4,9% en 2025, la plus élevée depuis près d'une décennie, une inflation ramenée à seulement 0,8%, un déficit budgétaire réduit à 3,5% du PIB et un retour dans la catégorie «Investment Grade» selon Standard & Poor's, les fondamentaux apparaissent solides.

Pourtant, le marché du travail continue de révéler les fragilités structurelles de l'économie marocaine, même si les chiffres témoignent d'une amélioration sensible. En 2025, près de 193.000 emplois nets ont été créés, soit plus du double de l'année précédente. Il s'agit du quatrième meilleur résultat enregistré depuis 2001. Le pays a ainsi pratiquement retrouvé son niveau d'emploi d'avant la pandémie, avec une population occupée de 10,9 millions de personnes. La structure même de l'emploi évolue progressivement.

L'économie devient davantage urbaine, tandis que la part des salariés augmente au détriment des formes d'emploi plus précaires. L'agriculture continue de perdre du poids dans la population active, au profit des activités urbaines et des services. Ces évolutions traduisent les effets conjugués de la reprise économique, des investissements massifs dans les infrastructures, notamment en préparation de la Coupe du monde 2030, ainsi que de la reprise agricole.

Mais la Banque mondiale invite à dépasser les seuls chiffres de créations d'emplois. Le haut-commissariat au Plan a profondément revu sa méthodologie d'analyse du marché du travail afin de mieux refléter les standards internationaux de l'Organisation internationale du travail. Cette réforme change sensiblement la lecture de la situation. Désormais, le chômage n'est plus l'unique indicateur pertinent.

Le nouveau dispositif mesure également les travailleurs découragés, le sous-emploi et les différentes formes de sous-utilisation de la main-d'œuvre. Le constat ressort ainsi plus préoccupant. L'indicateur global de sous-utilisation atteint 22,5%, révélant un important potentiel de travail inexploité. Plus de 884.000 personnes souhaitent travailler, mais ont renoncé à rechercher activement un emploi.

Le taux de chômage au sens strict s'établit à 10,8%, mais grimpe à 17,1% lorsque l'on intègre les travailleurs découragés. Pour les jeunes, cet indicateur atteint même 40,4% contre 27,9% pour les femmes. Les femmes, principal angle mort La participation des femmes demeure le point noir du marché du travail.

Selon la nouvelle méthodologie, le taux d'activité féminin ne dépasse pas 17,5%, plaçant le Maroc parmi les pays où la participation des femmes au marché du travail est la plus faible au monde. Le taux d'activité global atteint seulement 41,8%, très en dessous de la moyenne mondiale estimée à près de 61%. Pour la Banque mondiale, plusieurs facteurs expliquent cette situation : insuffisance des services de garde d'enfants, transports publics inadaptés, difficultés de conciliation entre vie familiale et activité professionnelle, mais aussi persistance de certains biais dans les pratiques de recrutement. Cette réalité rejoint le diagnostic récemment formulé par le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri.

Dans son rapport annuel, il reconnaît l'existence d'un décalage entre les performances économiques du pays et le ressenti des citoyens. Si les indicateurs macroéconomiques témoignent d'une économie résiliente, l'emploi demeure «le maillon faible» de la croissance. Ce sont précisément les difficultés d'accès au travail, le chômage des jeunes, le sous-emploi et les inégalités qui empêchent une large partie de la population de percevoir concrètement les bénéfices de la croissance. Autrement dit, le PIB progresse plus vite que le sentiment d'amélioration des conditions de vie.

Pour la Banque mondiale, la réponse passe désormais par un gain durable de productivité. Le rapport identifie la transformation numérique comme le principal levier de cette nouvelle phase de développement. Aujourd'hui, moins d'une entreprise marocaine sur cinq utilise de manière intensive les technologies numériques avancées. Pourtant, les entreprises les plus digitalisées enregistrent des gains de productivité pouvant atteindre 70%, créent des emplois environ 10% plus rapidement et offrent des rémunérations supérieures de près de 27% en moyenne.

L'enjeu est donc d’améliorer la compétitivité des entreprises afin de créer davantage d'emplois qualifiés, mieux rémunérés et suffisamment attractifs pour réintégrer les travailleurs découragés dans le marché du travail. Mais, surtout de faire en sorte que la richesse produite au niveau national se traduise par davantage d'opportunités professionnelles, une meilleure inclusion économique et une progression tangible du niveau de vie des citoyens. 

 

D.William

 

 

 

 

 

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