Réunis à Rabat à l'occasion d'une conférence organisée dans le cadre de la Journée internationale des envois de fonds à la famille, portée par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et coorganisée par Bank Al-Maghrib, la Délégation de l'Union européenne au Maroc et le ministère de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, responsables publics et partenaires au développement ont plaidé pour une meilleure valorisation des transferts des Marocains résidant à l'étranger (MRE). Alors que ces flux ont atteint près de 120 milliards de dirhams en 2025, l'enjeu n'est plus seulement de mesurer leur contribution à l'économie nationale, mais de renforcer leur impact sur l'investissement, l'entrepreneuriat et l'emploi dans les territoires ruraux.
Les Marocains résidant à l’étranger continuent de jouer un rôle déterminant dans l’économie nationale. D’une année à l’autre, ces flux alimentent la consommation des ménages, soutiennent les équilibres macroéconomiques et constituent l’une des principales sources de devises du Royaume. Une performance qui témoigne de la solidité des liens unissant la diaspora à son pays d’origine, mais qui soulève également une interrogation de plus en plus présente dans les réflexions des décideurs publics : comment transformer cette manne en moteur durable de développement ?
C’est précisément autour de cette question qu’ont échangé les participants à la Journée internationale des envois de fonds à la famille, célébrée chaque année sous l’égide des Nations unies afin de mettre en lumière la contribution des travailleurs migrants et des diasporas au développement durable. Organisée à Rabat par le FIDA, en collaboration avec Bank Al-Maghrib, le ministère de l’Agriculture, l’ambassade de France au Maroc et la délégation de l’Union européenne, cette rencontre a été l’occasion de déplacer le débat du volume des transferts vers leur impact économique.
Car si les envois de fonds jouent depuis longtemps un rôle essentiel dans le soutien aux familles, les institutions concernées cherchent désormais à renforcer leur contribution à l’investissement productif. L’ambition est de faire émerger un modèle dans lequel une partie croissante de ces ressources serait orientée vers des projets créateurs de valeur, capables de stimuler l’activité économique et de générer des emplois durables.
Cette réflexion trouve un écho particulier dans le monde rural. Le secrétaire général du ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Redouane Arrach, a ainsi souligné que les Marocains du monde constituent «un vivier important d’investisseurs dans le secteur agricole national». À travers la création de projets agricoles, le financement d’exploitations familiales ou encore le soutien apporté aux initiatives entrepreneuriales de leurs proches, les membres de la diaspora participent déjà à la dynamique économique de nombreux territoires.
Selon Arrach, plusieurs régions agricoles ont connu d’importantes transformations grâce à ces ressources. Lorsqu’ils sont orientés vers l’investissement productif, les transferts permettent de financer la modernisation des exploitations, l’adoption de nouvelles technologies, la création de petites entreprises rurales ou encore l’amélioration de la compétitivité des activités économiques locales. Une dynamique qui rejoint les ambitions de la stratégie Génération Green, laquelle place l’élément humain, l’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes au cœur de la transformation du secteur agricole.
Pour les partenaires internationaux, cette évolution passe également par une nouvelle lecture du rôle des transferts. «La France estime que le dialogue bilatéral et multilatéral en la matière est essentiel pour penser ces flux comme des outils d’investissement solidaire, renforcer l’impact des transferts de fonds sur le développement et en particulier promouvoir les opportunités offertes aux femmes et aux jeunes dans les territoires ruraux», a souligné Charles Thépault, chef de mission adjoint de l’ambassade de France au Maroc.
Au-delà de leur portée économique, ces ressources conservent une dimension profondément humaine. Elles permettent à des milliers de familles de faire face aux dépenses du quotidien, d’assurer l’éducation des enfants ou encore de développer des activités génératrices de revenus. «Au-delà de leur dimension économique, ces transferts revêtent également une dimension humaine importante, permettant notamment de soutenir les familles, de financer l’éducation des enfants et de développer des activités génératrices de revenus», a rappelé Daniele Dotto, chef de coopération de la délégation de l’Union européenne au Maroc.
Pour autant, les intervenants s’accordent sur la nécessité de dépasser cette seule fonction sociale. L’inclusion financière est aujourd’hui présentée comme l’un des principaux leviers permettant de maximiser l’impact des fonds transférés par la diaspora. Ces dernières années, le Maroc a multiplié les initiatives destinées à renforcer l’accès aux services financiers dans les zones rurales, à promouvoir les paiements digitaux et à développer le paiement mobile.
La digitalisation apparaît ainsi comme un facteur clé pour réduire les coûts des transactions, améliorer l’accessibilité des services financiers et faciliter l’accompagnement des bénéficiaires vers des projets d’investissement. Dans cette perspective, l’Union européenne accompagne plusieurs initiatives visant à renforcer l’impact des transferts sur le développement local. «L’UE est fière de coopérer avec le Maroc et ses partenaires institutionnels pour la promotion de solutions innovantes et inclusives visant à renforcer l’impact positif des transferts de fonds des MRE sur le développement local, l’autonomisation des femmes et les opportunités offertes aux jeunes, à travers le programme DigitRemit actuellement en cours», a indiqué Daniele Dotto.
Le président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), Driss El Yazami, a pour sa part rappelé que les transferts des Marocains du monde jouent depuis des décennies un rôle capital dans la lutte contre la pauvreté, le soutien à l’investissement et la construction de l’économie nationale. Ils contribuent également à la création d’emplois à travers le financement de projets générateurs de revenus et de diverses initiatives entrepreneuriales.
El Yazami a toutefois estimé que le principal défi réside désormais dans la capacité des pouvoirs publics, du secteur bancaire et des Marocains résidant à l’étranger à développer davantage de mécanismes favorisant l’orientation de ces ressources vers l’investissement productif. Les contraintes administratives, le manque d’information et certaines difficultés d’accès au financement continuent en effet de freiner de nombreux projets portés par la diaspora.
À l’heure où le Royaume cherche à consolider ses moteurs de croissance et à réduire les disparités territoriales, les transferts des MRE apparaissent ainsi comme l’une des ressources les plus prometteuses dont il dispose. Plus qu’un simple soutien aux ménages, ils constituent désormais un levier stratégique dont la valorisation pourrait contribuer à redessiner les contours du développement rural et à ouvrir de nouvelles perspectives aux territoires en quête d’investissement et d’emplois.