Le Maroc est devenu la première économie industrielle de l’Afrique, une performance qui repose sur un appareil productif en pleine transformation.
Par J. M.
L'indice d’industrialisation de l’Afrique (IIA), proposé par la Banque africaine de développement (BAD), a fait du Maroc la première économie industrielle du continent. Le Royaume arrive en tête avec un score de 0,8415 sur un maximum de 1 point possible. Un niveau d’industrialisation atteint grâce à une stratégie industrielle qui s’appuie notamment sur l’attraction des investissements. Selon les données du baromètre industriel, le secteur est constitué d’environ 13.000 entreprises, qui génèrent un chiffre d’affaires de 897,81 milliards de dirhams.
L’investissement dans le secteur a atteint plus de 89 milliards de DH en 2024, en progression de +198% par rapport à son niveau de 2021 (30,1 milliards). Un niveau qui témoigne de la dynamique soutenue des investissements, mais également de la confiance des investisseurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers, dans l’appareil productif marocain. En effet, le capital investi dans le secteur industriel est détenu dans sa majorité par des opérateurs nationaux.
Les données disponibles font notamment état d’une répartition du capital social industriel entre 70,2% appartenant à des opérateurs marocains contre 29,8% pour des opérateurs internationaux. Le capital étranger est principalement réparti entre la France (25,6%), les États-Unis (10,2%), la Chine (8,2%), l’Espagne (8%), l’Allemagne (6,4%), la Corée du Sud (4,8%) et l’Inde (4,1%). Cette structure du capital met en évidence la spécificité du modèle marocain.
Les investissements étrangers ont notamment contribué à l’essor de filières exportatrices telles que l’automobile et l’aéronautique, mais le tissu industriel demeure majoritairement détenu par des opérateurs nationaux. Une configuration qui a permis au Royaume de bénéficier à la fois des apports technologiques, financiers et commerciaux des groupes internationaux tout en conservant une base entrepreneuriale locale importante.
«Du Plan émergence en passant par le Pacte national pour l'émergence Industrielle et le Plan d'accélération industrielle et jusqu’à la nouvelle Charte de l'investissement, on voit que le Maroc est arrivé à bien posséder une industrie automobile leader en Afrique, une industrie aéronautique intégrée aux chaînes des valeurs mondiales, un secteur des phosphates à forte valeur ajoutée, une industrie agroalimentaire développée, des infrastructures logistiques de niveau international, et une montée progressive dans les classements de complexité économique», souligne le professeur Rachid El Fakir. Si cette configuration du capital a favorisé l’essor de nombreuses filières à l’international, ses effets sur le marché du travail apparaissent cependant plus contrastés.
Les effets sur la croissance et l’emploi L’activité industrielle génère environ 240 milliards de dirhams de valeur ajoutée et un chiffre d’affaires à l’export de plus de 398 milliards. Cependant en matière d’emploi, la contribution du secteur ne s’élève qu’à 13,6%. La nouvelle enquête sur la maind’œuvre (EMO2026), conçue conformément aux récentes normes internationales, révèle la domination du secteur des services dans le paysage de l’emploi national. Selon les données disponibles pour le 1er trimestre 2026, le secteur assure plus de 5 millions d’emplois rémunérés, soit 49,1% du volume total des emplois recensés. Il est suivi du secteur de l’agriculture, sylviculture et pêche, qui emploie 2,54 millions de personnes (24,5%).
Le secteur de l’industrie n’arrive qu’à la troisième position avec près d’1,4 millions de personnes (13,6%), suivi du BTP avec 1,3 million (12,7%). Le volume de l’emploi dans le secteur industriel enregistre toutefois une progression au fil des années. En 2024, il enregistrait déjà 1,04 million de personnes contre 995.000 en 2023 (+4,3%). Cependant, «une analyse de l’industrie moderne marocaine révèle une certaine structure axée sur l’intensification en capital et non pas en capital humain. Elle ne crée donc pas autant d'emplois que les secteurs traditionnels comme l’agriculture, l’artisanat ou les services», souligne le professeur El Fakir.
Par ailleurs, «l'industrialisation du Maroc a toutefois favorisé la création de milliers d'emplois qualifiés et semi-qualifiés, notamment dans les filières de l'automobile, l'aéronautique, les services industriels et la logistique. On assiste ainsi à l'émergence d'une nouvelle classe de techniciens, d'ingénieurs et de cadres spécialisés», poursuit-il.