Malgré une croissance soutenue et des perspectives prometteuses, le secteur reste confronté à un défi majeur : un accès au financement encore largement insuffisant.
Par J. M.
Selon les données du rapport de la Société financière internationale (IFC), les industries culturelles et créatives (ICC) ont généré environ 116.000 emplois en 2023, dont 34% sont occupés par des femmes.
Ces industries contribuent au PIB à hauteur de 2,4%, un niveau comparable à celui de certains secteurs stratégiques et à forte intensité capitalistique comme les industries extractives ou encore le transport et la logistique.
Par ailleurs, les acteurs de cette industrie sont identifiés comme les entreprises des domaines de la mode, du design et de la beauté; des jeux vidéos et des arts numériques; de l’événementiel, du festival et des arts du spectacle; des arts créatifs et de l’artisanat et enfin du cinéma et des films. Il existe environ 9.500 entreprises opérant dans ce secteur, soit près de 3% du tissu productif national. En 2023, elles ont généré un chiffre d’affaires de 43 milliards de dirhams, en hausse de 18% par rapport à l’année 2022.
Contraintes de financement
Malgré ces résultats, l’industrie créative et culturelle marocaine se heurte à des contraintes majeures liées notamment à son déficit de financement. Environ 3% seulement des entreprises du secteur bénéficient de l’accès au crédit. En 2021, ces dernières ont reçu moins de 0,5% de l’encours total alloué aux entreprises, l'un des taux les plus faibles, tous secteurs confondus.
Une situation qui contraint la majorité d’entre elles à dépendre des fonds propres. La moyenne est de 76% des entreprises qui s’autofinancent, mais dans certains sous-secteurs comme les évènements ou l’édition, elle peut atteindre les 95%.
«L'accès limité au financement constitue l'un des principaux freins à notre croissance. Les institutions financières perçoivent encore les industries créatives comme des secteurs à haut risque, en raison de modèles économiques difficiles à quantifier, ce qui entraîne une sous-valorisation systématique des métiers créatifs», précise Hakam Boubker, fondateur de Versus Arena Gaming Casablanca.
Par ailleurs, «nous faisons face à un autre défi majeur : le positionnement culturel du jeu vidéo au Maroc. Contrairement à d'autres pays, le gaming y est souvent réduit à une simple distraction, voire une perte de temps, plutôt qu'à une activité structurée, éducative et porteuse d'opportunités économiques. Il y a une image négative du secteur, et malgré l'émergence de métiers professionnels à l'international (esport, création de contenu, développement, événementiel), le gaming est rarement vu comme un secteur viable au Maroc. Cette méconnaissance limite son attractivité et son potentiel de croissance», précise Hakam Boubker.
Cependant, le poids des entreprises créatrices et culturelles dans l’économie mondiale ne cesse de croître. L’IFC identifie d’ailleurs le secteur des ICC comme celui à la croissance la plus rapide, avec un effet multiplicateur équivalent à 2,5 dollars de valeurs générées pour chaque Dollar investi. Cette industrie a de ce fait généré près de 2.000 milliards de dollars de revenus et 50 millions d’emplois, avec des projections qui tablent sur une contribution de 10% au PIB mondial à l’horizon 2030.
Au Maroc, les opportunités de croissance ont déjà été identifiées pour ces industries. L’attractivité touristique grandissante du Royaume, qui a atteint les 19,8 millions de visiteurs en 2025, et la dynamique autour des préparatifs de la réception de la Coupe du monde de la FIFA 2030, constituent des fenêtres d’opportunité pour l’essor du secteur. Les transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger (MRE), qui ont atteint 11 milliards de dollars en 2024, pourraient constituer des sources potentielles de financement pour les TPME du secteur.