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Pourquoi le Maroc doit changer d'équation économique

Pourquoi le Maroc doit changer d'équation économique

Le Maroc ne souffre plus d'un déficit de croissance. Il souffre d'un déficit de productivité. C'est le principal enseignement du dernier Rapport de suivi de la situation économique au Maroc de la Banque mondiale, intitulé «Consolider la croissance : la transformation numérique comme moteur de productivité»

Le Maroc peut se féliciter d'avoir retrouvé un rythme qu'il n'avait plus connu depuis plus d'une décennie. Avec une croissance de 4,9% en 2025, une inflation limitée à 0,8%, des finances publiques qui se redressent et une confiance retrouvée des investisseurs internationaux, les fondamentaux sont solides. Le rapport décrit une économie plus résiliente, portée par les investissements, les infrastructures, le tourisme, l'industrie et le rebond agricole. 
 
Mais le véritable intérêt de cette publication n'est pas dans ce satisfecit. Il réside dans le message qu'elle adresse au Maroc : la croissance actuelle est une opportunité, pas une garantie.
 
L'histoire économique regorge de pays qui ont connu des cycles favorables sans jamais parvenir à transformer cet élan en gains durables de productivité. La Banque mondiale invite justement le Maroc à éviter ce piège. Car ces performances macroéconomiques cachent une réalité moins flatteuse : le pays reste confronté à un déficit de productivité qui limite son potentiel de développement.
 
En effet, les entreprises marocaines ont certes largement adopté les outils numériques de base, mais elles restent très en retard dans l'utilisation intensive des technologies avancées. Moins d'une entreprise sur cinq intègre réellement ces technologies au cœur de son processus de production. Cette «numérisation incomplète», selon les termes mêmes du rapport, représente aujourd'hui un coût économique considérable. Voilà sans doute le véritable défi des prochaines années.
 
Produire mieux
 
Le débat public marocain se focalise souvent sur le volume des investissements. Pourtant, l'équation économique ne se résume plus à investir davantage. Elle consiste désormais à produire mieux. A créer davantage de valeur avec les mêmes ressources. A faire de la technologie un levier quotidien de compétitivité plutôt qu'un simple outil administratif.
 
Les chiffres avancés par la Banque mondiale sont éloquents : les entreprises qui passent d'une utilisation basique à une exploitation intensive des technologies numériques peuvent enregistrer des gains de productivité pouvant atteindre 70%, tandis que l'emploi progresse d'environ 10%.
 
Plus encore, combler l'écart numérique avec les pays comparables permettrait d'accroître la productivité globale de 10 à 15%. 
Autrement dit, la révolution numérique n'est plus une affaire de modernité. Elle devient une politique économique à part entière.
 
Le Maroc dispose aujourd'hui d'atouts incontestables : stabilité macroéconomique, grands chantiers d'infrastructures, investissements massifs, amélioration du climat financier et perspective offerte par la Coupe du monde 2030. Mais ces facteurs, aussi favorables soient-ils, ne produiront pleinement leurs effets que s'ils s'accompagnent d'une montée en gamme du tissu productif.
 
L'autre enseignement du rapport est plus subtil. La croissance actuelle repose encore largement sur l'investissement public. A moyen terme, celui-ci devra progressivement céder le relais à un secteur privé plus innovant, plus productif et davantage capable de créer de la richesse.
 
C'est d'ailleurs le scénario que dessine la Banque mondiale pour les prochaines années, avec une expansion davantage tirée par le secteur privé à mesure que le cycle d'investissement public arrivera à maturité. 
 
C'est précisément là que se jouera le succès des réformes. C’est dire que le Maroc entre dans une nouvelle phase de son développement. Pendant longtemps, il fallait construire des infrastructures. Aujourd'hui, il faut construire des avantages compétitifs. Pendant longtemps, l'objectif était d'attirer les investissements.
 
Désormais, il s'agit surtout d'en maximiser le rendement économique. Histoire de faire de cette embellie conjoncturelle le socle d'une économie durablement plus productive, plus innovante et plus créatrice de valeur. 
 
 
F. Ouriaghli
 
 
 

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