Mohamed Hassan Bensalah s’apprête à reprendre Maroc Soir, plus de vingt ans après son rachat par le Saoudien Othman Al Omeir. Derrière cette opération, encore soumise aux autorisations réglementaires, se trouve une longue histoire : celle d’un groupe dont les racines remontent à la presse du Protectorat et qui a accompagné plusieurs décennies de transformations du paysage médiatique marocain.
Maroc Soir va-t-il ouvrir une nouvelle page de son histoire ? Mohamed Hassan Bensalah a conclu un accord en vue de l’acquisition du groupe, éditeur notamment du Matin et d’Assahra Al Maghribia. Annoncée le 1er octobre, l’opération doit encore obtenir les autorisations réglementaires nécessaires. Son montant n’a pas été rendu public.
Le projet affiche une ambition : donner une nouvelle impulsion au groupe, accélérer son développement numérique et élargir son rayonnement au Maroc comme à l’international. Le tout dans la continuité de sa ligne éditoriale. Mais pour mesurer ce que représente cette reprise, il faut remonter bien avant l’arrivée de son propriétaire saoudien. Bien avant, aussi, celle d’Othman Benjelloun.
Au commencement, le groupe Mas
Les racines de Maroc Soir plongent dans la presse du Protectorat. À l’époque, le groupe Mas, associé à Pierre Mas, occupe une place importante dans la presse française au Maroc. Ses journaux, parmi lesquels Le Petit marocain et La Vigie marocaine, font partie du paysage.
L’indépendance change la donne. Ces titres continuent de paraître, mais leur héritage colonial devient de plus en plus difficile à porter. Une partie de la presse nationale et le Syndicat national de la presse marocaine contestent leur présence. Le pays a changé; son paysage médiatique doit, lui aussi, se transformer.
La rupture intervient en 1971. À la fin octobre, les anciens quotidiens du groupe Mas cessent de paraître. Dès le 1er novembre, deux nouveaux journaux arrivent : Le Matin et Maroc-Soir. Moulay Ahmed Alaoui, ancien ministre de l’Information, joue un rôle central dans cette recomposition. Une nouvelle identité se construit sur les bases de l’ancien ensemble de presse. Le Matin se présente aujourd’hui comme le successeur du Petit marocain, après cette marocanisation.
Le groupe étoffe ensuite son offre. Le 11 janvier 1989, il lance Assahra Al Maghribia. Au quotidien francophone s’ajoute désormais un titre arabophone, qui deviendra l’autre grande marque de Maroc Soir.
Puis vient Internet. Le site lematin.ma démarre en 1998. Le groupe pose ainsi ses premiers jalons numériques avant même son passage sous contrôle saoudien. Derrière les journaux, il dispose également d’un outil industriel d’impression et d’activités publicitaires : Maroc Soir est une entreprise de presse dont les métiers dépassent la seule production d’information.
De Benjelloun à Al Omeir
En décembre 2001, un premier changement majeur d’actionnaire intervient. Finance.com, présidé par Othman Benjelloun, annonce l’acquisition de Maroc Soir. L’objectif est de donner au groupe les moyens financiers et les compétences nécessaires à son développement, en s’appuyant sur ses titres et son ancrage historique.
L’épisode sera court. Dès février 2004, le banquier annonce son retrait de la presse écrite pour se recentrer sur la banque et l’assurance. Maroc Soir cherche alors un nouveau repreneur.
Ce sera Othman Al Omeir. Le 24 mars 2004, l’accord de cession est signé entre Finance.com et le journaliste et homme d’affaires saoudien, représentant de World Media. Deux jours plus tard, la passation des pouvoirs se déroule à Casablanca. Il s’agit bien d’un rachat du groupe, et non d’une simple entrée minoritaire au capital.
Al Omeir connaît le métier. Ancien rédacteur en chef d’Asharq Al Awsat, il a fondé en 2001 le journal électronique Elaph. Son parcours associe donc la presse traditionnelle et l’information en ligne. En reprenant Maroc Soir, il prend les commandes d’un ensemble doté de journaux établis et de capacités d’impression.
La modernisation passe notamment par de nouvelles publications. Le 10 novembre 2005, le groupe lance une nouvelle formule de Maroc Soir : un tabloïd de 24 pages en couleurs, avec des articles courts, des reportages et une place accordée aux sujets de société. L’idée est de toucher d’autres lecteurs, notamment ceux de la génération Internet.
Plus de vingt-deux ans après l’arrivée d’Al Omeir, Bensalah se prépare à prendre le relais. Le projet annoncé mise sur le numérique, les nouveaux formats et une ambition internationale. Il entend aussi préserver l’identité construite par le groupe au fil des décennies.