Le pétrole cher est de retour. Et avec lui, une facture dont le Maroc se serait volontiers passé. Le Brent s’est en effet réinstallé audessus des 100 dollars le baril.
Et le moment est particulièrement mal choisi. Le pays sort d’une campagne électorale généreuse en promesses sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la santé, le logement ou encore la protection sociale…
Le prochain gouvernement devra trouver des milliards pour financer ses engagements, mais découvre déjà qu’une partie de ses marges de manœuvre peut être rognée par une variable qu’il ne contrôle absolument pas : le prix de l’énergie.
Un Brent durablement au-dessus de 100 dollars a des conséquences partout. Il renchérit les transports, augmente les coûts logistiques, pèse sur l’industrie, et les importations et finit par se diffuser dans les prix. C’est le premier danger. Le second est extérieur. A fin juillet 2026, les importations marocaines atteignaient déjà 544 milliards de dirhams, en hausse de 15,9%.
Les exportations, elles, progressaient deux fois moins vite, à 299,3 milliards. Résultat : le déficit commercial avait bondi de 26,5%. Le pétrole cher arrive donc au pire moment pour notre balance commerciale. Plus la facture énergétique augmente, plus il faut de devises pour payer nos importations. Plus les importations progressent vite, plus le déficit commercial se creuse. Et plus ce déficit se creuse, plus les performances de l’automobile, des phosphates, de l’aéronautique, du tourisme ou des transferts des MRE deviennent nécessaires pour compenser.
Mais qui absorbera le choc ? Les ménages? Les entreprises ? Les distributeurs ? Ou l’Etat? Les possibilités sont limitées. Répercuter toute la hausse du pétrole sur les prix revient à transférer la facture vers les consommateurs et les entreprises. Réduire la fiscalité sur les carburants revient à la transférer vers le budget.
Subventionner davantage revient également à solliciter les finances publiques. Demander aux distributeurs de réduire leurs marges peut amortir une partie du choc, mais certainement pas faire disparaître durablement une hausse massive du coût d’approvisionnement. Il n’y a pas de miracle. Quelqu’un paiera.
Et c’est précisément pour cette raison que le baril à plus de 100 dollars constitue déjà un premier test pour le prochain gouvernement. Car il va falloir résister à une tentation politiquement séduisante : vouloir protéger tout le monde, tout le temps, contre toutes les hausses. Car à vouloir neutraliser durablement chaque hausse extérieure par la dépense publique, on finit simplement par remplacer une inflation visible par une dette moins visible.
Le vrai débat est donc ailleurs. Il est dans notre dépendance énergétique. Depuis des années, le Maroc investit dans le solaire, l’éolien et les infrastructures électriques. Ces choix ont longtemps été présentés sous l’angle climatique. La flambée des cours du pétrole rappelle qu’ils répondent aussi à une nécessité économique beaucoup plus immédiate.
Produire davantage d’énergie localement, améliorer l’efficacité énergétique, électrifier progressivement les transports, développer le stockage et diversifier les sources d’approvisionnement, c’est réduire notre vulnérabilité. C’est dire que le Maroc ne doit donc pas construire sa politique énergétique en pariant sur un pétrole bon marché. Il doit la construire en partant du principe que les épisodes de pétrole cher sont appelés à se répéter.
D.William