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Prix des carburants : Coup de pompe chez les automobilistes

Prix des carburants : Coup de pompe chez les automobilistes

Face à l’envolée des cours du pétrole, le Maroc a opté pour une stratégie de soutien ciblé, privilégiant les professionnels du transport afin de limiter les répercussions économiques. Une approche rationnelle sur le plan budgétaire, mais qui laisse les automobilistes absorber seuls une hausse sensible des prix à la pompe, ravivant le débat sur l’équité des politiques publiques en période de crise énergétique.

 

Par D. William

L'échec des négociations le weekend dernier entre les Etats-Unis et l’Iran et la décision du président américain Donald Trump de bloquer le détroit d’Ormuz ont de nouveau ravivé les tensions au MoyenOrient.

Conséquence : les prix du baril de pétrole ont de nouveau bondi pour dépasser les 100 dollars. Il faut dire que depuis le début de la guerre, le 28 février, les tensions sur le cours de l’or noir sont assez persistantes, obligeant plusieurs pays à adopter des mesures d’urgence pour limiter ses impacts économiques.

Dans ce cadre, le gouvernement marocain a opté pour une réponse calibrée, à travers trois leviers : la subvention du gaz butane (600 MDH), le maintien des tarifs de l’électricité (400 MDH) et la subvention de 3 DH par litre de carburant aux professionnels du transporteur (taxis, bus, transport scolaire, touristique et rural) pour 648 MDH.

Sur le papier, l’effort est donc conséquent, avec plus de 1,6 milliard de dirhams mobilisés. L’objectif est de contenir la vague inflationniste et préserver le pouvoir d’achat des ménages, au moins sur les postes les plus sensibles. Sauf que l’Etat ne protège pas tout le monde de la même manière. Car si les transporteurs bénéficient d’un amortisseur social, les automobilistes ordinaires, eux, subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe, avec notamment le gasoil et l’essence qui se sont envolés chacun de 38% entre le 15 mars et le 1er avril.

Cette évolution des prix fait d’ailleurs l’objet d’une analyse fine du Conseil de la concurrence, qui met en évidence une transmission différenciée des hausses internationales selon les produits. Entre le 16 mars et le 1er avril 2026, les cotations du gasoil ont progressé de 2,18 DH/L, alors que les prix à la pompe n’ont augmenté que de 1,72 DH/L, traduisant une répercussion partielle. A l’inverse, pour l’essence, la hausse à la pompe (+1,53 DH/L) a dépassé celle des cotations internationales (+1,37 DH/L), suggérant une transmission plus que complète.

Sur l’ensemble de la période allant du 1er mars au 1er avril, l’écart cumulé ressort ainsi à -1,35 DH/L pour le gasoil et à +0,33 DH/L pour l’essence. Pour expliquer cette asymétrie, le Conseil évoque de possibles mécanismes de compensation entre produits, les opérateurs pouvant répercuter davantage les hausses sur l’essence afin d’atténuer l’impact d’une transmission incomplète sur le gasoil, qui représente l’essentiel des ventes.

L’institution souligne toutefois qu’aucun comportement anticoncurrentiel n’a été relevé, même si elle pointe un alignement persistant des opérateurs sur des dates identiques de révision des prix, limitant la flexibilité des ajustements tarifaires. Elle appelle ainsi à une évolution des pratiques dans un marché désormais libéralisé, afin de mieux refléter les conditions réelles d’approvisionnement et de concurrence.

Mais le «traitement de faveur» dont bénéficient les transporteurs n’a rien d’anodin. Il traduit une lecture pragmatique des rapports de force. Le transport au Maroc (comme ailleurs) n’est pas un secteur comme les autres. C’est un secteur qui a déjà montré, par le passé, sa toute puissance. Son pouvoir de nuisance est réel  : une grève des professionnels peut bloquer toute l’économie. Et cela, le gouvernement en tient forcément compte.

En chouchoutant les transporteurs, il cherche, d’un côté, à éviter des tensions sociales et économiques et, de l’autre, un renchérissement des coûts du transport qui va fatalement se propager à l’ensemble de l’économie. Mais ce choix a un revers, en ce qu’il alimente un sentiment d’injustice chez les automobilistes, exclus du dispositif alors qu’ils subissent la même hausse des prix.

Le carburant reste, pour beaucoup d’entre eux, une dépense incompressible. Une réalité que n’ont pas manqué de souligner les partis de l’opposition, notamment le Parti du progrès et du socialisme (PPS), pour qui l’aide accordée aux transporteurs est une mesure sélective, sans effet global sur le pouvoir d’achat. C’est pourquoi le PPS suggère, entre autres, de plafonner les prix des carburants et de réduire la TVA ainsi que la taxe intérieure de consommation sur le gasoil et l’essence. Ailleurs, c’est ce qui semble se faire.

Des réponses plus globales

En Europe notamment, les gouvernements ont privilégié des mesures plus larges. L’Allemagne a réduit temporairement les taxes sur les carburants pour tous, allégeant la facture à la pompe d’environ 17 centimes par litre. L’Espagne a abaissé la TVA et les accises, avec un impact direct sur les prix payés par les ménages. Le Portugal ajuste ses taxes chaque semaine pour contenir la hausse. Même logique en Norvège ou en Italie.

En France, le gouvernement est en train de travailler sur un encadrement des marges des distributeurs. Dans ces pays, le principe est de soulager tout le monde, même si l’efficacité budgétaire est discutable. Car ces dispositifs coûtent cher et profitent aussi à ceux qui n’en ont pas forcément besoin. Mais ils ont un avantage politique évident et donnent le sentiment d’une solidarité partagée.

Le Maroc, lui, a choisi une autre voie plus économe en apparence, mais aussi plus risquée en termes de perception. Il protège certes les fondamentaux et sécurise les secteurs sensibles, mais laisse une partie de la population absorber le choc. Ce choix peut se défendre sur le plan économique. Il limite la dérive des finances publiques, avec un déficit budgétaire censé être contenu autour de 3,5% cette année, et concentre les ressources là où l’effet multiplicateur est le plus fort.

Mais il pose une question plus large : jusqu’où peut-on segmenter la solidarité face à une crise qui touche tout le monde ? Car à mesure que les tensions géopolitiques persistent, la crise énergétique risque de s’installer dans la durée. Et avec elle, une pression diffuse sur les ménages, bien audelà des prix du carburant. Il faudra donc que le gouvernement soit suffisamment habile pour mettre en place des dispositifs économiquement efficaces et socialement équitables. Et c’est peut-être là que se jouera, au-delà des chiffres, la véritable acceptabilité par la collectivité des mesures prises par l’Etat.

 

L'approvisionnement en énergie : Benali rassure
Les autorités tentent de rassurer sur la sécurité énergétique du Maroc. Intervenant au Parlement, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a affirmé que l’approvisionnement en énergie est assuré pour les trois prochains mois, grâce à une coordination étroite entre les différents acteurs du secteur. Dans un contexte qualifié de «crise sans précédent», elle a indiqué que des mesures ont été prises pour sécuriser les approvisionnements jusqu’à la fin de l’année, notamment à travers la diversification des sources d’importation, en provenance des Etats-Unis, de l’Amérique du Sud et de plusieurs pays européens. Les contrats en cours permettent ainsi de couvrir les besoins en électricité jusqu’au mois de juin, tandis que les stocks de produits pétroliers atteignent 47 jours de consommation pour le gasoil et 49 jours pour l’essence, en dépit des perturbations logistiques observées dans certains ports. Ce discours de maîtrise s’accompagne d’un suivi renforcé du marché. Une cellule de veille a été mobilisée pour surveiller en continu les niveaux d’approvisionnement, en lien avec les opérateurs privés et les services territoriaux. Parallèlement, le Conseil de la concurrence a intensifié ses mécanismes de contrôle afin de garantir la transparence des marges et de protéger les consommateurs contre d’éventuelles hausses injustifiées.

 

 

 

 

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