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Textile: Les fragilités structurelles à l’épreuve de la conjoncture

Textile: Les fragilités structurelles à l’épreuve de la conjoncture

Avec près de 22% de la main-d'œuvre industrielle pour une contribution de 15% au PIB industriel, le secteur du textile est un pilier de l’économie nationale. Toutefois, les baisses enregistrées dans les exportations mettent en lumière une dépendance au marché historique européen.

 

Par J. M.

Le secteur du textile occupe une place considérable dans l’économie nationale, tant par son poids industriel que par son rôle social. Avec environ 190.000 emplois, le textile et l’habillement représentent près de 22% de la main-d’œuvre industrielle. Mais au-delà des chiffres, le secteur contribue tout autant à la richesse nationale, avec une contribution au PIB industriel estimée à 15%.

«Tout d’abord, il faut bien dire que le secteur du textile et de la mode (habillement et accessoires) n’est pas une nostalgie surannée, mais une solution d’avenir toute désignée pour l’économie sociale marocaine. C’est pour cela que la filière textile a été tout naturellement intégrée dans la liste des métiers mondiaux du Maroc du plan Émergence de 2005», souligne l’économiste Khalid Doumou.

Par ailleurs, «la filière textile travaille à hauteur de 92% pour le compte d’enseignes de deux grands pays européens de la mode vestimentaire que sont l’Espagne et la France. Cette surexposition aux vicissitudes de deux marchés d’importation du textile marocain (hyper-concentration) est un point douloureux de cette filière, qu’il faudrait redresser rapidement. Lorsqu’on sait que l’industrie textile du Nord du Portugal répond à des carnets de commandes de 150 pays, cela laisse beaucoup de marge de manœuvre à nos textiliens marocains», ajoute-t-il.

Un marché européen de plus en plus compétitif

Selon les données de 2025 de l’Office des changes, le secteur du textile a enregistré une baisse de ses exportations de l’ordre de 4,5% par rapport à 2024. En valeur, cette baisse représente 2,07 milliards de dirhams. Un recul qui avait déjà été observé une année auparavant, mais de manière moins significative. Les exportations avaient alors atteint 45,9 milliards en 2024 contre 46,1 milliards en 2023, soit un recul de 0,5%.

Il faut rappeler, en effet, que le marché historique du textile marocain, l’Europe, a connu une hausse significative des importations asiatiques au cours de l’année écoulée. Un repositionnement de la production venant d’Asie dû en grande partie à la hausse des tarifs douaniers appliqués par l’administration américaine.

Selon des données d’Eurostat, les importations européennes de textile provenant de Chine ont crû de 7,2%, celles du Vietnam de 10,7%, de l’Inde de 8,8%, du Bangladesh de 9,5% et du Cambodge de 16,1%. Un marché devenu plus concurrentiel avec des acteurs de référence dans la production à bas coût, qui demande aujourd’hui une adaptation pour les acteurs marocains.

«Dans un monde de plus en plus incertain, où il ne faut plus jamais considérer aucune avancée ou percée dans un marché d’exportation comme définitivement acquise, nous devons continuer de nous montrer «Proudly Moroccan, Truly international», car c’est là que réside tout le secret de la réussite de notre pays, ces dernières années. La filière textile-habillement ne déroge donc pas à cette règle qui s’applique au développement de toutes nos industries industrialisantes: il faut prendre tout ce qu’il y a à prendre de positif de chez nos partenaires industriels et commerciaux de tous bords», explique Doumou.

Par ailleurs, poursuit-il, «la production totale de textile au Maroc en 2024 s'élevait à 950.000 tonnes, marquant une augmentation de 5% par rapport à 2023. Les principaux produits incluent les vêtements, les tissus et les articles de bonneterie. Le Maroc est reconnu pour sa capacité à produire des textiles de haute qualité à des coûts compétitifs, ce qui en fait un partenaire attractif pour les entreprises internationales. Donc bon an, mal an, la production augmente et baisse selon les vicissitudes de la conjoncture internationale».

Et de conclure que «pour ne pas plonger complètement en période de renversement de conjoncture internationale, il est évident que la filière doit s’inscrire dans une démarche holistique qui travaille à la fois sur l’amont, l’aval et le midstream (filage, tissage, tricotage, teinture et ennoblissement des tissus) de la chaîne de valeur textile.

La formation des talents, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en misant prioritairement sur les circuits courts (friend-shoring et near-shoring) et en se focalisant sur des partenaires stratégiques régionaux et continentaux, un développement de la R&D marocaine pour monter en gamme, sans oublier les stratégies d’alliance (fusions et acquisitions), constituent des leviers actionnables pour l’essor du secteur».

 

La biotechnologie appliquée au surcyclage circulaire, une stratégie d’innovation à développer
Selon Khalid Doumou, «une stratégie de niche qui s’inscrit dans les objectifs de développement durable (Refiber Circuling Programs), qu’il serait très utile de visiter plus profondément et dans laquelle nous avons déjà commencé à nous engouffrer d’ailleurs, est celle du Biotechnological Circular Upcycling ou surcyclage circulaire. Elle repose sur la biotech (meilleure valeur ajoutée que le simple recycling et moins énergivore), avec une société comme «Cuimer» qui recycle depuis 2019 des déchets de peau de poissons pour en faire un nouveau type de cuir exotique. Ce segment, qui augmente considérablement la valeur du produit originel (la peau de poisson), s’inscrit dans ce que l’on appelle le retraitement des fibres animales. Le même modèle économique existe pour des déchets de fibres végétales retraités pour, par exemple, créer le denim des jeans dans lequel notre pays se classe déjà dans le top 7 mondial des producteurs. L’ingéniosité et l’utilisation de technologies de pointe (digitalisation) issues de la R&D pourraient donc contrebalancer les hausses des droits de douane de 10% appliqués par l’administration Trump, en remplacement de notre accord de libre-échange signé le 15 juin 2024. L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) est par exemple un pôle d’innovation qui a tous les moyens de relever le défi de l’innovation de la filière textile. Les 12 CMC (Cités des métiers et des compétences) en cours de gestation pourraient également servir cet objectif.

 

 

 

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