Politique Tout voir

De la pelouse à la diplomatie : Le Maroc garde le cap africain

De la pelouse à la diplomatie : Le Maroc garde le cap africain

La finale de la CAN 2025 qui a opposé le Maroc au Sénégal a connu des débordements regrettables, aussitôt saisis par les passions populaires. Mais le Roi a remis l’événement à sa juste place : celle d’un incident sportif, sans impact sur des relations africaines patiemment construites.

 

Par F. Ouriaghli

Le communiqué du cabinet royal publié jeudi dernier n’est pas un simple message de félicitations. C’est un acte politique et une mise au point au moment précis où l’émotion sportive menaçait de contaminer le terrain diplomatique.

Oui, la finale Maroc-Sénégal a dégénéré. Oui, des incidents regrettables ont entaché les dernières minutes du match. Mais le Roi n’a ni minimisé ni dramatisé. Il a recadré et replacé l’événement dans une perspective longue. Et il a surtout refusé que quelques images de violence viennent fissurer une architecture patiemment construite : celle de l’ancrage africain du Maroc.

Le message s’adresse d’abord aux Marocains, salués pour une mobilisation exceptionnelle. Puis il s’élargit à l’Afrique. Et c’est là que le Souverain fixe la ligne. «Rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains, ni la coopération fructueuse construite avec les différents pays du continent», affirme-t-il.

Le Maroc souligne ainsi que sa relation avec l’Afrique ne dépend ni d’un match, ni d’un score, encore moins d’une tension passagère. Elle repose sur des fondations historiques, économiques, culturelles et politiques. Le football est un accélérateur d’émotions et guère un arbitre des alliances. C’est pourquoi, précise le Roi, «la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus».

Autrement dit, l’épisode est clos. La passion retombera. Car le Maroc refuse d’entrer dans une spirale d’hostilité populaire ou de nationalisme sportif. Il choisit la hauteur. Et il envoie un signal limpide à ses partenaires africains : Rabat ne laissera personne instrumentaliser cet incident pour fissurer ses liens continentaux.

Le Sénégal, thermomètre de la relation africaine

Ce choix est stratégique. En effet, depuis plusieurs années, le Royaume investit l’Afrique à travers les banques, les télécoms, l’agriculture, la formation, la diplomatie religieuse et la coopération sécuritaire. La CAN 2025 s’inscrit dans cette trajectoire.

L’incident de la finale doit donc être considéré comme un test de solidité. Dans ce sens, le Maroc a démontré qu’il maîtrise autant la logistique des grands événements que la gestion politique des turbulences. En cela, et il semble utile de le rappeler, le Sénégal est un partenaire historique du Royaume. Un allié constant. Un pays avec lequel Rabat entretient une relation dense, faite de confiance politique et d’intérêts convergents. D’ailleurs, la 15ème session de la grande Commission mixte entre les deux Etats s'est tenue à Rabat du 26 au 28 janvier courant.

Les propos du Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, qui s’était entretenu au téléphone avec le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, attestent des liens particuliers qui unissent les deux peuples. «Nous avons convenu, ensemble, sous les hautes instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et son Excellence le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, de continuer à œuvrer, dans un esprit d'apaisement, de sérénité et de détente, à la consolidation des liens séculaires et très profonds qui unissent nos deux pays», a-t-il écrit le 21 janvier sur sa page Facebook.

Par ailleurs, lors de son discours prononcé à l’occasion de la réception des Lions de la Teranga, le président sénégalais a «félicité le peuple ami et frère du Royaume chérifien pour les efforts colossaux déployés dans l'organisation de ce tournoi», et exprimé sa «gratitude à Sa Majesté le Roi Mohammed VI ainsi qu'au peuple marocain frère pour l'accueil chaleureux, la généreuse hospitalité et l'attention dont ont bénéficié notre délégation et toutes les équipes participantes».

Dakar ferme ainsi la porte à toute lecture conflictuelle. Il n’y a pas de contentieux bilatéral postfinale. Les images de heurts resteront des faits divers sportifs, pas des faits politiques. Les réactions venues d’Europe et des Etats-Unis prolongent la même logique. Presse belge, experts américains et anciens ministres africains ont tous eu la même grille de lecture.

Le Maroc est perçu comme une puissance africaine installée, respectée et constante dans sa stratégie. Le soft power marocain ressort renforcé et non affaibli. Ce qu’il faut retenir de tout cela ? Le Maroc a changé de dimension et la CAN 2025 aura donc servi de révélateur. Il est devenu un acteur central de l’équilibre africain. Et il entend bien le rester. 

 

 

Articles qui pourraient vous intéresser

Mercredi 16 Septembre 2026

Tourisme : Le Maroc expose à Paris les leviers d’un nouveau modèle de croissance

Mardi 15 Septembre 2026

Pêche : Hausse de 66% des débarquements de sardines à fin août

Mardi 15 Septembre 2026

Mobilité électrique : Stellantis teste au Maroc la recharge solaire autonome

S'inscrire à la Newsletter de La Quotidienne

* indicates required