Politique Tout voir

L’Iran, le pouvoir politique et les footballeuses rebelles

L’Iran, le pouvoir politique et les footballeuses rebelles

En refusant de chanter l’hymne national avant un match de la Coupe d’Asie, les footballeuses iraniennes ont déclenché une tempête politique qui dépasse largement le terrain. Leur silence est devenu un symbole de liberté dans un pays où le sport n’échappe jamais au pouvoir.

Elles n’ont pas tiré un penalty décisif ni marqué un but à la dernière minute. Elles n’ont pas soulevé de trophée non plus.

Pourtant, en quelques secondes de silence avant un match de football, les joueuses iraniennes ont accompli un geste qui dépasse largement le sport. Elles ont simplement refusé de chanter leur hymne national.

Et ce silence, dans l’Iran d’aujourd’hui, peut coûter très cher. Ce geste aurait pu passer inaperçu ailleurs.

Dans bien des pays, des sportifs ont déjà manifesté leur désaccord avec un symbole national, parfois en s’agenouillant, parfois en détournant le regard. Mais en République islamique, le moindre signe interprété comme une dissidence devient aussitôt une affaire d’Etat. Le football féminin iranien en a fait l’expérience.

Les joueuses ont choisi de se taire avant leur premier match de Coupe d’Asie face à la Corée du Sud, le lundi 2 mars.

Deux jours plus tôt, une guerre venait d’éclater après les frappes américano-israéliennes qui ont bouleversé l’équilibre politique iranien et provoqué la mort de l’ayatollah Ali Khamenei.

Dans un pays traversé par les tensions et la peur, ce silence a été entendu comme une protestation.

La télévision d’Etat n’a pas tardé à prononcer le verdict. Les joueuses ont été présentées comme des traîtres en temps de guerre, coupables du summum du déshonneur. Une accusation lourde dans un régime où le patriotisme officiel ne laisse guère de place à la nuance.

Le sport, censé rassembler, se retrouve alors transformé en tribunal politique.

Le football plus fort que la peur

Face à cette tempête politique, cinq joueuses ont choisi de fuir leur hôtel en pleine nuit en Australie. Parmi elles se trouve la capitaine Zahra Ghanbari. Elles ont été discrètement placées sous protection policière, puis transférées dans un lieu sûr. Canberra a finalement décidé de leur accorder un visa humanitaire.

Tony Burke, ministre australien de l’Intérieur, a confirmé que ces joueuses pouvaient rester dans le pays et qu’elles y seraient en sécurité. Après plusieurs jours de discussions confidentielles, l’Australie a donc ouvert sa porte à ces sportives devenues malgré elles un symbole politique.

La scène décrite par le ministre a quelque chose d’à la fois banal et émouvant. Une fois leurs papiers signés, les joueuses auraient scandé un slogan bien australien, «Aussie, Aussie, Aussie». Comme un cri de soulagement après des jours d’angoisse.

Derrière cette image, se cache pourtant une réalité bien plus complexe. Certaines joueuses de l’équipe iranienne envisagent de rentrer chez elles malgré les risques, par crainte pour leurs familles restées au pays. 

Des militants des droits humains affirment d’ailleurs que certaines familles auraient déjà été menacées.

L’affaire a rapidement dépassé le cadre sportif. Donald Trump lui-même est intervenu publiquement pour demander à l'Australie d’assurer la sécurité des joueuses. Il en a d’ailleurs discuté avec le Premier ministre australien Anthony Albanese. 

Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran, a également appelé à protéger ces sportives. Il a affirmé que les membres de l’équipe nationale subissaient de fortes pressions et qu’elles risquaient de graves conséquences en cas de retour.

Devant le stade de Gold Coast, des manifestants ont brandi des pancartes et scandé des slogans appelant à un changement de régime en Iran. D’autres criaient simplement «sauvez nos filles».

De son côté, la Fédération iranienne de football a dénoncé une ingérence politique. Dans un communiqué, elle accuse Donald Trump d’intervenir dans les affaires du sport et rappelle que la neutralité politique figure parmi les principes défendus par la FIFA.

Selon l’instance iranienne, les joueuses auraient chanté l’hymne national avec fierté lors de leurs rencontres suivantes et auraient même salué les forces armées iraniennes. Elle considère les accusations occidentales comme infondées et sans valeur juridique.

Rappelons que les joueuses iraniennes avaient déjà marqué l’histoire en 2022 lors de leur première participation à la Coupe d’Asie en Inde. Elles étaient devenues des héroïnes nationales dans un pays où les femmes doivent se battre pour exister dans l’espace public.

Aujourd’hui, leur combat prend une dimension différente. Qui peut leur coûter la vie.

F. Ouriaghli

Articles qui pourraient vous intéresser

Mercredi 09 Septembre 2026

Attaques iraniennes contre la Jordanie : Le Roi Mohammed VI adresse un message de soutien à Amman

Mardi 01 Septembre 2026

Moyen-Orient : le pétrole bondit, le gaz européen au plus haut depuis 2023

Mardi 25 Aout 2026

Détroit d'Ormuz: Oman et l'Iran discutent d'un "couloir de navigation temporaire" et d'un déminage

S'inscrire à la Newsletter de La Quotidienne

* indicates required