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Civisme : Les aventures extraordinaires du citoyen ordinaire

Civisme : Les aventures extraordinaires du citoyen ordinaire

«L’espace public constitue un cadre de vie partagé par les citoyennes et les citoyens, où se déploient les interactions sociales et les pratiques quotidiennes de la vie collective».

Lorsqu'Abdelkader Amara prononce cette phrase à l'occasion de la présentation de l'avis du CESE sur le civisme, certains ont probablement pensé à une définition académique de plus.

Pourtant, il venait peut-être de décrire le plus grand terrain d'entraînement du Maroc : la rue.

Car c'est là que tout se joue.

Dans les discours, nous sommes tous amoureux du bien commun. Dans les faits, le bien commun ressemble parfois à cet héritage familial que tout le monde revendique mais que personne ne veut entretenir.
Le jardin public ?

C'est magnifique. Surtout quand quelqu'un d'autre s'occupe de le préserver.
Le trottoir ? Une invention formidable, à condition de pouvoir y garer sa voiture.
La route ?

Un espace de circulation collective que certains considèrent encore comme une épreuve individuelle de   Formule 1.

Quant à l'administration, elle demeure parfois ce lieu magique où l'usager est persuadé que le fonctionnaire manque de civisme, tandis que le fonctionnaire est convaincu que le problème vient précisément de l'usager.
Bref, chacun est victime de l'incivisme des autres.

L'intérêt de l'avis du CESE est justement d'éviter le traditionnel concours national de recherche du coupable. Non, le Conseil ne nous explique pas que les Marocains sont devenus soudainement allergiques aux bonnes manières.

Il rappelle au contraire que le Royaume possède un solide patrimoine de solidarité, de respect mutuel et d'esprit collectif.

Et il faut reconnaître que les preuves ne manquent pas.

Au moindre séisme, à la moindre inondation ou encore à la moindre crise nationale, le Maroc se transforme en gigantesque association caritative à ciel ouvert. Les dons affluent, les bénévoles se mobilisent et les réseaux sociaux débordent de solidarité.

Puis, une fois la crise passée, le même citoyen héroïque retrouve parfois sa place habituelle derrière un volant, persuadé que les panneaux de signalisation ou que les feux tricolores participent davantage au décor qu’à la réglementation. C'est là tout le paradoxe marocain.

Comment un peuple capable d'une telle discipline collective lorsqu'il faut secourir des sinistrés peut-il considérer qu'un feu rouge devient vert lorsqu’il est pressé ?

Comment celui qui participe à une collecte de solidarité le matin peut-il jeter un emballage par la fenêtre de sa voiture l'après-midi ?

Comment le supporter qui chante l'amour de son club pendant 90 minutes finit-il parfois par déclarer la guerre au mobilier urbain après le coup de sifflet final ?

La réponse est plus complexe qu'il n'y paraît. Le CESE montre que le problème ne relève pas uniquement de l'éducation ou de la morale. Il résulte d'une combinaison de facteurs éducatifs, sociaux, économiques, culturels et institutionnels.

L'influence croissante des univers numériques, les inégalités territoriales, les fragilités sociales mais aussi l'application parfois inégale des règles participent à cette réalité.

En résumé, le civisme ne dépend pas seulement du citoyen. Il dépend aussi de l'environnement dans lequel ce citoyen évolue.

On demande souvent aux citoyens d’être exemplaires. Encore faut-il que l’espace public donne envie de l’être, que les règles soient les mêmes pour tous et que le bien commun cesse d’être perçu comme ce qui appartient à tout le monde..., donc à personne. 

C'est précisément pour cette raison que le CESE propose le lancement d'un projet national intégré de promotion du civisme dans les espaces publics, adossé à une charte nationale et déployé à l'échelle nationale comme territoriale.

Autrement dit, il suggère que le civisme cesse d'être cette matière que l'on apprend à l'école avant de l'oublier sur le chemin du retour.

L'idée arrive à point nommé. Le Maroc prépare actuellement la Coupe du monde 2030, qui mobilise déjà des investissements considérables dans les infrastructures, les transports, l'aménagement urbain et les équipements sportifs. 

Pour autant, les visiteurs étrangers ne regarderont pas uniquement les stades. Ils regarderont aussi les trottoirs. Ils observeront les files d'attente. Ils testeront la circulation. 

Ils découvriront notre rapport au klaxon. Et sur ce dernier point, certains compatriotes risquent malheureusement de décrocher une médaille d'or.

Abdelkader Amara a donc raison lorsqu'il affirme que le Mondial constitue une occasion unique d'accélérer la promotion du civisme. Car le véritable défi est de savoir quel modèle de développement le Maroc souhaite construire. 

Les pays les plus performants ne sont pas seulement ceux qui disposent des plus belles infrastructures. Ce sont aussi ceux où les citoyens considèrent naturellement que ce qui appartient à tout le monde mérite autant de respect que ce qui leur appartient personnellement.

Au fond, le civisme est une idée simple : il est la manifestation quotidienne du respect que nous accordons aux autres, à notre pays et à notre avenir collectif.

Si nous y parvenons, le Maroc gagnera bien davantage qu'une Coupe du monde réussie : le confort quotidien de vivre ensemble. Et avouons-le, ce serait déjà une très belle victoire.

F. Ouriaghli

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