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Capture de Maduro : Trump, le shérif de Caracas

Capture de Maduro : Trump, le shérif de Caracas

Nicolas Maduro et son épouse ont été capturés samedi à Caracas et emmenés de force aux USA lors d’une opération militaire américaine éclair. Aux yeux de Donald Trump, le désormais ex-président vénézuélien est un «narcotrafiquant» justiciable devant un tribunal fédéral de New York, au même titre qu’un chef de cartel.

La capture et l’exfiltration de Nicolas Maduro et de son épouse divisent. Pour les uns, c’est la chute bienvenue d’un dirigeant autoritaire, contesté et accusé de répression. Pour les autres, la question est plus dérangeante : que reste-t-il du droit international quand une grande puissance décide d’agir seule, par la force, en dehors de toute règle collective ?

La Charte des Nations unies encadre strictement le recours à la force et consacre la souveraineté des Etats. Dans le cas vénézuélien, ces principes ont été balayés. Frappes sur Caracas, capture du président et de son épouse, transfert hors du pays, puis promesse américaine de «diriger» la transition. 
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, l’a dit sans détour, dénonçant le non-respect du droit international et alertant sur un dangereux précédent.
D’autres voix se sont élevées contre cette intervention américaine. 
La Chine dénonce une violation flagrante du droit international et réclame la libération immédiate du couple. 
La Russie parle d’agression armée. L’Iran fustige une atteinte à la souveraineté. Plusieurs pays latino-américains, dont le Brésil, le Mexique et la Colombie, redoutent une escalade régionale. 
L’Union européenne avance prudemment, soutenant l’idée d’une transition démocratique, tout en rappelant que toute solution doit respecter le droit international. 
Même Paris résume l’essentiel : aucune solution durable ne peut être imposée de l’extérieur. 
On peut rejeter Maduro. On peut aussi refuser la méthode.

La lutte antidrogue comme justificatif

Washington justifie son action par un argument moral : la lutte antidrogue. Maduro, explique Donald Trump, n’est pas traité comme un chef d’Etat, mais comme un trafiquant. Néanmoins, cet argument se heurte à une incohérence qui clignote comme un gyrophare. En effet, en décembre dernier, le même Trump a gracié l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernández, pourtant condamné aux Etats-Unis à 45 ans de prison pour trafic de drogue. 

Ici, le narcotrafiquant mérite la clémence; là, il justifie une opération militaire. La morale change donc de visage selon le contexte géopolitique. Et le contexte actuel a un parfum de pétrole très soutenu. Avec environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, le Venezuela possède l’un des plus grands trésors pétroliers de la planète. Trump veut en profiter et ne s’en cache pas, puisqu’il veut ouvrir le pays aux compagnies américaines et exploiter les réserves. 
Sauf qu’en se drapant de la lutte contre la drogue pour capturer un chef d’Etat, fusse-t-il dictateur, et s’accaparer des ressources de son pays, les Etats-Unis installent une idée dangereuse : une grande puissance peut décider qu’un dirigeant étranger est illégitime, le capturer sur son territoire, puis organiser la transition à sa place au nom d’une cause jugée vertueuse. 

Ce modèle est immédiatement exportable. Premier bénéficiaire potentiel : Vladimir Poutine. Si Washington s’autorise à qualifier Maduro de criminel et à l’enlever, pourquoi Moscou ne pourrait-il pas traiter le président ukrainien Volodymyr Zelensky de criminel à capturer ou à éliminer ? 

Deuxième destinataire évident : la Chine. Taïwan est déjà au cœur d’un bras de fer permanent. Si l’usage unilatéral de la force devient normalisable au nom d’intérêts nationaux, Pékin pourrait conclure que les règles ne valent que pour les faibles et envahir Taïwan, qu’il considère comme faisant partie de son territoire.

Le vrai danger est là : l’érosion du tabou de la souveraineté. Non parce que Maduro serait innocent ou fréquentable, mais parce que le droit international est une digue. Lorsqu’elle cède, elle n’épargne personne.
Car dès lors que l’on accepte qu’un président soit arraché à son pays pour être jugé ailleurs, alors on peut s’interroger : aujourd’hui Venezuela, qui demain ?

F. Ouriaghli

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