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Trump, l’Iran et la paix introuvable

Trump, l’Iran et la paix introuvable

Donald Trump serre la vis. Alors que les armes se sont momentanément tues entre Washington et Téhéran depuis le cessez-le-feu du 8 avril, la Maison Blanche a choisi de poursuivre la bataille sur un autre terrain : celui de l'économie. Vendredi, l'administration américaine a annoncé une nouvelle salve de sanctions visant les exportations iraniennes de gaz de pétrole liquéfié vers l'Asie, dans l'objectif affiché d'assécher davantage les revenus du régime iranien.

 

Cette décision intervient à un moment où les négociations censées conduire à un accord durable traversent une zone de fortes turbulences. Téhéran réclame, en effet, le déblocage d'une partie de ses avoirs gelés à l'étranger. 

Selon Mohsen Rezaï, conseiller du guide suprême, les 24 milliards de dollars actuellement bloqués constituent un «test de confiance» que les Etats-Unis doivent réussir s'ils souhaitent parvenir à un accord. «Il s'agit de notre propre argent, pas celui des États-Unis», affirme le responsable iranien.

La formule résume à elle seule toute la difficulté du dossier.

Pour l'Iran, récupérer une partie de ces fonds représente une nécessité économique et politique. Des décennies de sanctions ont lourdement fragilisé l'économie nationale. Le dégel de ces avoirs offrirait une bouffée d'oxygène bienvenue à un régime soumis à de fortes pressions internes.

Mais, de son côté, Washington refuse de céder sans garanties supplémentaires. Débloquer des milliards de dollars sans garanties solides reviendrait à offrir au régime iranien des ressources financières importantes alors même que les tensions militaires persistent. Personne ne veut être le premier à faire un pas. Personne ne veut apparaître comme celui qui cède. Résultat: les discussions piétinent.

Pendant que les diplomates peinent à trouver une issue, les événements sur le terrain rappellent que la guerre est loin d'être terminée. L'armée américaine a bombardé des installations radar iraniennes après avoir intercepté plusieurs drones jugés menaçants pour la navigation dans le détroit d'Ormuz. En retour, l'Iran a tiré des missiles vers le Koweït et Bahreïn, deux alliés stratégiques des Etats-Unis dans le Golfe. 

Depuis le déclenchement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, le 28 février dernier, les rapports de force ont certes évolué, mais aucun acteur n'a obtenu la victoire décisive qu'il recherchait. Washington affirme avoir considérablement réduit les capacités militaires iraniennes. Donald Trump assure que l'Iran ne dispose plus que de 21 à 22% de son stock initial de missiles. Il affirme également que la plupart des usines de drones, des rampes de lancement et des infrastructures de production de missiles ont été détruites.

Pourtant, malgré cet affaiblissement revendiqué, la République islamique continue de démontrer sa capacité de nuisance. Elle reste capable de perturber le trafic maritime mondial, de mobiliser ses alliés régionaux et de maintenir une pression constante sur les intérêts américains et israéliens dans la région. C'est là tout le paradoxe de cette guerre. Plus le conflit dure, plus chacun découvre les limites de sa propre puissance.

Les Etats-Unis disposent d'une supériorité militaire écrasante, mais ils peinent à imposer une solution politique. Israël a réussi à porter des coups sévères à son ennemi historique, mais il ne parvient pas à neutraliser durablement les réseaux d'influence iraniens au Liban et ailleurs. Quant à l'Iran, il subit des pertes importantes tout en conservant suffisamment d'atouts pour empêcher ses adversaires de crier victoire.

Le détroit d'Ormuz illustre parfaitement cette réalité. Cette étroite bande maritime, par laquelle transite une part considérable des exportations mondiales d'hydrocarbures, demeure le principal levier stratégique de Téhéran. Chaque missile tiré dans cette zone provoque immédiatement des inquiétudes sur les marchés internationaux. Même affaibli, l'Iran conserve ainsi la capacité de rappeler au monde entier que sa géographie constitue une arme à part entière. Et c'est précisément cette capacité qui complique les calculs de Washington. Cette impasse devient d'autant plus préoccupante que la guerre déborde désormais largement du cadre strictement irano-américain.

Une région prise en otage

Le Liban demeure l'exemple le plus frappant de cette extension régionale du conflit. Malgré plusieurs tentatives de médiation et de nouveaux accords de cessez-le-feu, les affrontements se poursuivent entre Israël et le Hezbollah. Les frappes israéliennes continuent de faire des victimes, tandis que les autorités libanaises affichent une exaspération croissante à l'égard de l'Iran. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont publiquement demandé à Téhéran de cesser d'utiliser le Liban comme terrain d'affrontement indirect avec les Etats-Unis et Israël. La réponse du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, ne s'est pas fait attendre. Selon lui, le véritable problème du Liban n'est pas l'Iran, mais Israël.

L'échange résume parfaitement le drame libanais : un pays qui tente de reprendre le contrôle de son destin alors que des puissances régionales continuent de s'y affronter par procuration.

Cette situation révèle également une autre évolution majeure : les intérêts américains et israéliens ne semblent plus totalement alignés.

Selon plusieurs observateurs, Donald Trump cherche désormais une sortie progressive du conflit afin d'éviter un enlisement coûteux et politiquement risqué. Pour sa part, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu est réfractaire à tout accord qui laisserait le Hezbollah intact au Liban, considérant le mouvement chiite comme l'un des principaux instruments de l'influence iranienne dans la région. 

Autrement dit, les alliés d'hier commencent à regarder la fin de la guerre avec des lunettes différentes. Et lorsqu'une coalition commence à diverger sur les objectifs finaux, la résolution du conflit devient généralement plus complexe.

Au milieu de cette instabilité permanente, une image presque surréaliste a retenu l'attention : les footballeurs iraniens ont finalement obtenu leurs visas pour participer à la Coupe du monde organisée aux Etats-Unis.

Pendant que les diplomates négocient, que les militaires bombardent et que les missiles traversent le ciel du Golfe, les joueurs iraniens se préparent à fouler les pelouses américaines.

C’est dire que l'Histoire a parfois le sens de l'ironie. D'un côté, Washington et Téhéran échangent sanctions, menaces et frappes. De l'autre, ils coopèrent suffisamment pour permettre à une équipe nationale de participer à la plus grande fête du football mondial.

Mais il ne faut pas se laisser tromper par cette parenthèse sportive. La réalité demeure celle d'une guerre qui n'a toujours pas trouvé sa porte de sortie.

Or les guerres les plus dangereuses sont souvent celles qui s'éternisent jusqu'à devenir presque ordinaires. Et lorsqu'une guerre devient une habitude, la paix finit souvent par devenir une exception.

F. Ouriaghli

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