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Moyen-Orient : Parlons paix…, le doigt sur la gâchette

Moyen-Orient : Parlons paix…, le doigt sur la gâchette

Cette semaine encore, les sirènes ont retenti à Tel-Aviv, les explosions ont secoué Téhéran et les missiles ont traversé les cieux d’une région qui semble condamnée à vivre sous tension permanente. Pourtant, après quelques heures de tensions militaires inédites entre l’Iran et Israël depuis la trêve du 8 avril, les armes se sont momentanément tues.

Du moins officiellement. Et voilà que Donald Trump annonce être dans les «derniers efforts» pour conclure un accord avec l’Iran. Avec son sens habituel de la formule, le président américain promet même un «très, très bon accord» dans un délai de «deux à trois jours». Une déclaration qui ressemble fort à une tentative de reprise en main d’un dossier qui lui échappe régulièrement. Car une réalité saute aux yeux : Washington, Téhéran et Tel-Aviv ne parlent plus exactement le même langage.

Trump veut un accord. Netanyahu veut garder sa liberté d’action. L’Iran veut imposer ses conditions. Et le Liban continue de payer le prix de ce triangle explosif. Les événements des derniers jours illustrent parfaitement ce désalignement croissant. Après une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, l’Iran a lancé une trentaine de missiles contre Israël.

La réponse israélienne n’a pas tardé. Puis, sous la pression américaine, les deux camps ont annoncé l’arrêt des hostilités. Mais chacun s’est empressé d’ajouter une menace à sa déclaration de paix. Le commandement iranien a averti que «des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant» seraient entreprises en cas de nouvelle agression.

Benjamin Netanyahu a répliqué qu’Israël répondrait «avec force» à toute nouvelle attaque. Quant au ministre israélien de la Défense, Israël Katz, il a promis que son pays continuerait d’agir contre le Hezbollah. Autrement dit, tout le monde parle de paix en gardant le doigt sur la gâchette. Trump Vs Netanyahu Le plus intéressant dans ce qui se joue actuellement n’est peut-être pas la confrontation entre Israël et l’Iran. C’est la confrontation, plus discrète mais tout aussi significative, entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu.

Depuis plusieurs semaines, les divergences entre les deux hommes deviennent publiques. Trump veut sortir d’une guerre devenue impopulaire auprès de l’opinion américaine à l’approche des élections de mi-mandat. Son objectif est de stabiliser la région suffisamment longtemps pour présenter un succès diplomatique aux électeurs. Netanyahu, lui, raisonne d’abord en termes de sécurité nationale et de survie politique. Sous pression de sa coalition et d’une opinion israélienne traumatisée par des mois de guerre, il refuse d’apparaître comme celui qui céderait devant l’Iran. Le ton employé par Trump est révélateur.

Selon Axios, il aurait averti son allié israélien: «Bibi, tu devrais faire attention ou tu vas très bientôt te retrouver tout seul». Plus spectaculaire encore, il a affirmé dans un entretien au Financial Times qu’«il n'aura pas le choix. C'est moi qui décide. C'est moi qui décide tout. Il ne décide pas». Rarement un président américain aura parlé de cette manière à un Premier ministre israélien. Mais la réalité du terrain est souvent plus complexe que les déclarations présidentielles. Netanyahu a certes écouté Trump, mais cela ne l’a pas empêché de poursuivre ses frappes sur le Liban.

Cette contradiction résume à elle seule la difficulté de la diplomatie américaine au Moyen-Orient. Les Etats-Unis restent l’allié incontournable d’Israël, mais leur capacité à dicter entièrement la conduite de Tel-Aviv paraît aujourd’hui moins évidente qu’auparavant. Même au sein de l’administration américaine, les nuances apparaissent.

Le vice-président JD Vance a reconnu que, malgré les nombreux intérêts communs entre Washington et Israël, il existait «des situations où nos intérêts divergent». Pendant ce temps, le Liban demeure l’otage d’une confrontation qui le dépasse. Alors que les grandes puissances discutent d’accords stratégiques et de garanties de sécurité, les habitants du sud du Liban continuent de compter leurs morts. Les frappes israéliennes ont encore fait plusieurs victimes dans une quinzaine de localités.

Le Hezbollah, quant à lui, reste un acteur incontournable de l’équation régionale. Pour Téhéran, il est impossible de dissocier le dossier libanais du conflit plus large avec Israël. Washington souhaite au contraire compartimenter les crises et régler chaque dossier séparément. Là encore, les visions s’opposent. Cette divergence explique pourquoi les négociations paraissent si fragiles. Et place le Moyen-Orient dans une posture étrange : les protagonistes cherchent simultanément à éviter une guerre totale et à démontrer qu’ils sont prêts à la mener. 

 

Par D.William

 

 

 

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