Les délais de paiement des entreprises marocaines se sont nettement améliorés en 2024. Selon le rapport annuel 2026 de l’Observatoire des délais de paiement, les délais clients sont tombés à 98 jours de chiffre d’affaires contre 125 jours un an auparavant, tandis que les délais fournisseurs ont reculé à 70 jours d’achats.
En 2024, les entreprises marocaines ont attendu en moyenne 98 jours de chiffre d’affaires (JCA) pour encaisser leurs créances clients, soit 27 jours de moins qu’en 2023.
Du côté des fournisseurs, le délai moyen est revenu à 70 jours d’achats (JA), en amélioration de 15 jours, après avoir quasiment stagné autour de 85 jours en 2022 et 2023.
Pour Bank Al-Maghrib, dont l'analyse porte sur quelque 92.000 entreprises, cette évolution rapproche pour la première fois le délai clients moyen du cadre réglementaire et le fait passer sous le plafond dérogatoire de 120 jours.
La tendance apparaît également dans la distribution des entreprises. 65% des sociétés étudiées affichent désormais des délais clients inférieurs à 60 jours, contre 62% en 2023 et 58% en 2022. La proportion de celles dépassant 120 jours est parallèlement descendue à 23% contre 26% un an auparavant.
Le mouvement est encore plus visible du côté des règlements aux fournisseurs : sept entreprises sur dix paient désormais en moins de 60 jours. Elles n'étaient que 59% en 2020. La proportion des entreprises dépassant 120 jours est revenue à 18% en 2024.
Ces chiffres donnent une première indication de l'effet de la loi 69-21, entrée progressivement en application depuis juillet 2023.
Le dispositif a d'abord concerné les entreprises réalisant plus de 50 millions de DH de chiffre d'affaires, avant d'être étendu début 2024 à celles réalisant entre 10 et 50 millions de DH, puis aux entreprises de 2 à 10 millions à partir de 2025.
Le rapport attribue explicitement à cette montée en charge une partie de l'amélioration observée dans le privé.
Les TPE rattrapent une partie de leur retard
C'est probablement sur les petites structures que l'évolution est la plus intéressante. L'analyse de la CGEM, réalisée à partir des données d'Inforisk sur un échantillon de 25.392 entreprises, montre que les TPE ont vu leur délai clients passer de 199 à 167 jours en un an, soit une diminution spectaculaire de 32 jours.
L'amélioration est donc réelle. Elle doit néanmoins être relativisée : avec 167 jours, les TPE restent très loin des niveaux observés chez les entreprises plus grandes.
Bank Al-Maghrib aboutit au même constat général, même si sa méthodologie et son échantillon diffèrent de ceux de la CGEM. Dans son analyse, les TPE enregistrent une réduction d'environ 30 jours de leurs délais clients, mais continuent de supporter les délais les plus élevés, à 100 JCA.
Les PME et les grandes entreprises se situent respectivement autour de 76 et 77 jours.
Autrement dit, la réforme commence à se diffuser vers le bas de la chaîne économique, mais elle n'a pas encore effacé le rapport de force entre donneurs d'ordre et petites entreprises.
La CGEM relève également une amélioration chez les PME : leur délai clients passe de 94 à 88 jours, tandis que leur délai fournisseurs recule également de six jours, à 88 jours. Les grandes entreprises, elles, conservent une situation beaucoup plus confortable, avec des délais clients et fournisseurs proches de l'équilibre.
Cette asymétrie se retrouve dans le solde commercial. Bank Al-Maghrib estime celui des grandes entreprises à seulement 1 jour de chiffre d'affaires contre 12 jours pour les PME et 47 jours pour les TPE.
Les plus petites entreprises continuent donc, dans les faits, à financer une partie de leur écosystème commercial.
Le crédit interentreprises reste massif
Malgré l'amélioration des délais, le crédit interentreprises reste l'une des principales sources de financement du secteur privé. Selon les données reprises par la CGEM, son encours atteint 368 milliards de DH en 2024. Le rapport souligne qu'il demeure la première source de financement des entreprises privées.
La situation s'améliore toutefois sur la qualité de cet encours. 64,9% du crédit interentreprises est désormais réglé dans les délais contre 50% en 2023. A l'autre extrémité, près de 16% du montant total, soit 60,5 milliards de DH, correspond encore à des retards supérieurs à 90 jours.
La concentration est également très forte. Les grandes entreprises représentent 63% du crédit interentreprises, soit environ 232 milliards de DH contre 25% pour les PME et 12% pour les TPE. Le rapport relève néanmoins que les TPE sont, en nombre, les principales utilisatrices de ce mode de financement.
Ce paradoxe résume une bonne partie du problème : le crédit fournisseur joue le rôle d'un véritable système de financement parallèle. Tant que les règlements restent rapides, le mécanisme peut fluidifier les échanges. Lorsque les délais s'allongent, la trésorerie du fournisseur devient en revanche la variable d'ajustement de son client.
Par ailleurs, la moyenne nationale cache aussi de profondes disparités entre activités. Bank Al-Maghrib relève notamment que les activités de services affichent un délai clients moyen de 140 jours de chiffre d'affaires.
Du côté des règlements fournisseurs, ce sont les activités immobilières qui présentent le niveau le plus élevé, avec 143 jours d'achats.
Ces écarts montrent les limites d'une lecture fondée uniquement sur la moyenne nationale. Les rapports de force commerciaux, la longueur des cycles d'exploitation et les pratiques propres à chaque secteur continuent de déterminer fortement la vitesse de circulation de la trésorerie.
Le rapport de l'Observatoire insiste d'ailleurs sur la persistance de disparités sectorielles et géographiques, malgré l'amélioration générale. Pour certaines entreprises, particulièrement les plus petites, quelques semaines supplémentaires d'attente peuvent suffire à transformer une créance commerciale en problème de liquidité.
53,2 milliards de DH de factures hors délai
Le dispositif de sanctions apporte désormais une autre mesure de l'ampleur du phénomène.
Avec l'élargissement progressif de la loi 69-21, le nombre d'entreprises soumises à déclaration a explosé : 4.773 déclarants en 2023, 17.704 en 2024 et 56.041 en 2025. Les entreprises réalisant entre 2 et 10 millions de DH de chiffre d'affaires représentent à elles seules 63,5% des déclarants en 2025.
Sur ce périmètre désormais beaucoup plus large, 43,3% des déclarants ont signalé des factures hors délai. Leur montant atteint 53,199 milliards de DH en 2025 contre 57,351 milliards en 2024.
La concentration est frappante : les entreprises réalisant plus de 50 millions de DH de chiffre d'affaires concentrent 82,7% des montants hors délai, soit près de 44 milliards de DH.
La sanction financière commence parallèlement à produire son effet. Les amendes pécuniaires ont atteint 1,331 milliard de DH en 2025 contre 1,505 milliard en 2024, soit une baisse de 11,5%.
Là encore, les entreprises de plus de 50 millions de DH concentrent l'essentiel des pénalités, avec 1,018 milliard de DH.
La diminution simultanée des factures hors délai chez les grandes entreprises et des amendes qui leur sont appliquées constitue l'un des signaux les plus tangibles d'une évolution des pratiques.