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Guerre au Moyen-Orient : Le Maroc sous la menace d’un nouveau choc énergétique

Guerre au Moyen-Orient : Le Maroc sous la menace d’un nouveau choc énergétique

Plus de quinze jours après le déclenchement des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran, le conflit donne des signes d’enlisement, un scénario que les marchés redoutent particulièrement.

La perspective d’un choc pétrolier ravive les inquiétudes au Maroc : inflation, pression sur les finances publiques et ralentissement de l’activité pourraient rapidement s’inviter dans l’équation économique.

La guerre au Moyen-Orient a glissé vers l’un des points les plus sensibles de l’économie mondiale : l’énergie. Les menaces de frappe visant certaines installations pétrolières dans la région du Golfe illustrent la capacité de nuisance de l’Iran et sa volonté d’exercer une pression directe sur les États-Unis et leurs alliés. Au-delà de la dimension militaire, le message est purement économique : perturber l’approvisionnement énergétique mondial afin d’augmenter le coût stratégique du conflit estimé à 11 milliards de dollars par jour pour les USA. 

Il faut savoir que les infrastructures pétrolières et la zone stratégique du détroit d’Ormuz sont au cœur des tensions. Ce passage concentre près d’un tiers du commerce mondial de pétrole transporté par voie maritime. Toute perturbation durable de cette artère énergétique se répercute immédiatement sur les marchés. C’est pourquoi d’ailleurs Donald Trump a appelé les grandes puissances mondiales à former une coalition pour sécuriser le détroit et permettre le passage des navires pétroliers.  

Sur les marchés, ces tensions continuent d’affecter le comportement des investisseurs. Les prix du pétrole ont franchi le seuil des 100 dollars le baril, avec la perspective de niveaux encore plus élevés si les tensions venaient à s’intensifier ou si la circulation maritime dans le Golfe était durablement perturbée. 

Dans une économie globalisée et connectée, une hausse brutale de l’énergie se diffuse rapidement dans l’ensemble des chaînes de production : transport, industrie, logistique et coûts des matières premières.

Les conséquences macroéconomiques sont désormais bien connues. Le cas le plus récent est celui de la guerre en Ukraine, où l’inflation importée, le ralentissement de l’activité et les tensions accrues sur les marchés financiers ont systématiquement pesé sur la trajectoire de la croissance mondiale. Les Banques centrales se retrouvent ainsi confrontées à un arbitrage délicat : contenir les pressions inflationnistes sans compromettre la dynamique de croissance.

Impact sur le Maroc

Pour le Maroc, les risques sont particulièrement élevés. L’économie nationale reste fortement dépendante des importations énergétiques et demeure exposée aux fluctuations des cours internationaux du pétrole. Une hausse durable au-delà de 100 dollars le baril se traduirait mécaniquement par un renchérissement de la facture énergétique du pays, mais aussi par une hausse des prix du carburant.

L’impact se ferait sentir sur les coûts du transport de la logistique, avec une diffusion rapide sur les prix à la consommation. Ce qui rognera le pouvoir d’achat des ménages, notamment pour les produits alimentaires et les biens de première nécessité.

Cette dynamique inflationniste peut également peser sur la création d’emplois. Les entreprises, confrontées à une hausse de leurs coûts de production, verraient leurs marges se réduire et deviendraient plus prudentes dans leurs décisions d’investissement ou de recrutement. Dans certains secteurs, notamment l’industrie et la logistique, l’augmentation du coût de l’énergie peut ralentir la dynamique de croissance. 

Au-delà des effets conjoncturels, c’est aussi le processus d’industrialisation engagé par le Maroc qui pourrait être indirectement affecté. Depuis deux décennies, le Royaume a progressivement construit un modèle de croissance fondé sur le développement industriel, l’intégration dans les chaînes de valeur internationales et l’attraction d’investissements étrangers dans des secteurs comme l’automobile et l’aéronautique. Or, ces industries restent sensibles aux coûts énergétiques et logistiques. Une flambée durable du pétrole pourrait renchérir les coûts de production et affecter la compétitivité de certaines filières exportatrices.

Cette situation rappelle d’ailleurs un précédent. En 2022, le déclenchement de la guerre en Ukraine avait provoqué un choc énergétique et inflationniste majeur à l’échelle mondiale. Le Maroc n’y avait pas échappé. La hausse des prix du pétrole, du gaz et de certaines matières premières avait entraîné une forte poussée inflationniste, atteignant des niveaux inédits. Les prix des produits alimentaires avaient particulièrement augmenté, contribuant à une dégradation sensible du pouvoir d’achat des ménages.

Ce choc avait également pesé sur les équilibres macroéconomiques du Royaume, notamment à travers l’augmentation de la facture énergétique et les tensions sur la balance commerciale. L’État avait dû mobiliser des mécanismes d’accompagnement pour atténuer l’impact sur certains secteurs et préserver la stabilité sociale.

Le conflit actuel au Moyen-Orient rappelle donc à quel point les économies dépendantes des importations énergétiques restent vulnérables aux chocs géopolitiques. Dans ce contexte, les politiques de diversification énergétique et les investissements dans les énergies renouvelables initiées par le Maroc prennent une importance stratégique encore plus prononcée.

La capacité du Royaume à réduire sa dépendance aux importations d’hydrocarbures devient donc plus que jamais une condition essentielle de résilience face aux turbulences géopolitiques.

 

F. Ouriaghli

 

 

 

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