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Guerre au Moyen-Orient : Le Maroc face à un nouveau test de résilience

Guerre au Moyen-Orient : Le Maroc face à un nouveau test de résilience

La guerre entre l’Iran, Israël et les Etats-Unis dépasse le cadre militaire. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz et la perturbation des flux en mer Rouge, le conflit frappe au cœur des routes énergétiques et commerciales mondiales. L’onde de choc se propage bien au-delà du Moyen-Orient et place des économies importatrices comme le Maroc dans une posture délicate.

 

Par D. William

La guerre au Moyen-Orient a franchi un seuil dangereux. Les frappes américaines et israéliennes contre des cibles stratégiques iraniennes, suivies de ripostes de Téhéran, ont fait basculer la région dans une logique d’escalade ouverte.

Ce qui relevait encore, il y a quelques semaines, d’une tension chronique s’est transformé en affrontement direct. Mais la dimension militaire s’est rapidement doublée d’une dimension économique.

Les marchés ont compris que le théâtre des opérations s’étendait aux routes maritimes, aux flux énergétiques et aux infrastructures portuaires. Autrement dit, aux artères vitales qui façonnent la mondialisation.

C’est dans ce contexte que l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus sensibles au monde. Ce couloir étroit entre l’Iran et Oman relie le Golfe aux marchés asiatiques, européens et américains.

Selon les données de l’Energy Information Administration, environ 20% du pétrole consommé quotidiennement dans le monde y transitent, ainsi qu’une part majeure du commerce mondial de gaz naturel liquéfié.

Quand OrFlamuz est bloqué, c’est le marché énergétique mondial qui vacille. Même durant la guerre IranIrak ou la guerre du Golfe, le trafic n’avait jamais été totalement interrompu.

Cette fois, la paralysie annoncée, renforcée par les menaces explicites contre tout navire tentant de franchir la zone, crée un précédent historique. Les pétroliers sont immobilisés, les assureurs revoient leurs primes à la hausse et les armateurs mettent leurs navires à l’abri.

Dans le même temps, la situation en mer Rouge s’est détériorée. Les menaces et attaques contre le trafic maritime ont poussé plusieurs grands armateurs à suspendre le passage par le canal de Suez.

Les navires sont redirigés vers le cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud), rallongeant les trajets de plusieurs milliers de kilomètres.

Or, le canal de Suez concentre entre 12% et 15% du commerce mondial et près d’un tiers du trafic mondial de conteneurs, selon la CNUCED. La combinaison d’un Ormuz paralysé et d’un Suez contourné constitue un double choc systémique.

 

Flambée des prix et fragilité des chaînes logistiques

Les conséquences se manifestent d’abord sur les prix de l’énergie. Le baril de Brent a franchi le seuil des 80 dollars, avec des pointes au-delà de 90 dollars le vendredi 6 mars. Le marché non seulement à la réduction effective de l’offre, mais intègre aussi une prime de risque géopolitique.

En effet, la crainte d’un blocage durable suffit à faire grimper les cours. Le gaz européen, déjà sous tension depuis la guerre en Ukraine, s’est envolé, alimenté par la perspective d’une contraction des flux de GNL.

Dans cette configuration, les chaînes logistiques, déjà éprouvées par les crises successives de la dernière décennie, montrent une nouvelle fois leur vulnérabilité.

«Toute perturbation du transit, même temporaire, se traduirait par un choc immédiat sur l’offre et les prix. En effet, lors de tensions passées, les prix ont souvent bondi de 15 à 30% en quelques jours. Aujourd’hui, avec des réserves stratégiques réduites et une demande mondiale toujours robuste, l’amplitude pourrait être plus forte», nous expliquait récemment l’économiste Mohamed Boiti.

Et d’ajouter que «les chaînes d'approvisionnement mondiales sont extrêmement sensibles aux coûts élevés du transport maritime et logistique. Selon les estimations de l'OCDE, une hausse de 30% du coût de transport se traduirait par un bond de 1,2 à 1,8 point d'inflation dans les 6 à 9 mois suivants».

Ce choc énergétique risque ainsi de se diffuser sur l’ensemble des chaînes de valeur. Le pétrole entre dans la fabrication des plastiques, des engrais, des produits chimiques et des textiles. Le gaz alimente l’industrie, la production d’électricité ou encore la transformation alimentaire.

Une hausse brutale des prix se répercute rapidement sur les coûts de production, puis sur les prix à la consommation.

 

Les économies les plus exposées

Dans ce contexte, les économies émergentes apparaissent particulièrement exposées. Elles disposent de moins de marges budgétaires, de réserves de change plus limitées et de filets sociaux plus fragiles.

Le Maroc fait partie de ces pays importateurs nets d’énergie et dépend des marchés internationaux pour environ 90% de ses besoins énergétiques. La ministre de l’Economie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, ne dit pas autre chose.

Interrogée par BFM TV sur les conséquences économiques et financières au Maroc de cette guerre, elle souligne que «nous sommes dans les chaînes globales de l’économie. Nous importons nos hydrocarbures».

Elle rappelle aussi que les hypothèses budgétaires ont été établies dans un contexte de prix plus modérés. «Sur le pétrole, nous l’avons budgété à 65$ dans notre Loi de Finances. Vous savez qu’il est déjà à 85$», fait-elle savoir, précisant que pour «le gaz, c’est vraiment une consommation plutôt domestique. Ça a un impact, mais qui est complètement contenu et que nous pouvons, on va dire, avec nos finances publiques, confronter».

Elle espère néanmoins que l’Exécutif «n’aura pas à le faire durablement». C’est dire que l’impact d’un choc pétrolier serait donc immédiat.

Il se traduirait d’abord par une aggravation de la facture énergétique, donc par une détérioration de la balance commerciale. La pression sur les réserves de change s’intensifierait dans un environnement international marqué par un Dollar fort et des flux de capitaux volatils.

Pour autant, la ministre assure que le gouvernement anticipe ces scénarios. «Nous sommes prêts à d’éventuels impacts sur notre économie», affirme Alaoui, rappelant que le Maroc a déjà dû «expérimenter» ces dernières années plusieurs mécanismes de protection.

«Nous avons hélas ces dernières années à expérimenter nos boucliers en faveur des populations les plus vulnérables et pour protéger l’économie», note-t-elle.

Mais le déficit budgétaire pourrait se creuser si l’Etat choisit d’amortir la hausse via des mécanismes de soutien.

D’ailleurs, Boiti met en lumière cette contrainte budgétaire. «Un choc pétrolier aggraverait la balance commerciale, accentuerait la pression sur les réserves de change et alourdirait le déficit budgétaire via le mécanisme de compensation. Or, avec une dette publique avoisinant 70% du PIB, les marges budgétaires sont étroites», analyste-t-il.

Le gouvernement sera de nouveau devant un choix complexe  : protéger le pouvoir d’achat en subventionnant davantage les carburants et l’énergie, ou préserver la soutenabilité des finances publiques.

De toute évidence, l’inflation importée toucherait en priorité les carburants, le transport et les produits alimentaires. Or, ces postes représentent une part significative du budget des ménages.

C’est la raison pour laquelle lors de la précédente crise énergétique, le gouvernement avait mis en place un dispositif de soutien dédié aux transporteurs qui a nécessité une enveloppe globale de 7 Mds de DH, débloqués en plusieurs tranches entre mars 2022 et janvier 2024.

Selon Boiti, «en cas de perturbation modérée du détroit d’Ormuz sur trois mois, l’inflation pourrait grimper à 3-3,5% en 2026 et la croissance reculer autour de 3,8%. Un choc sévère de six mois ferait basculer l’économie dans un scénario bien plus délicat, avec une inflation dépassant 5% et une croissance inférieure à 2%».

Ces chiffres traduisent la sensibilité structurelle d’une économie importatrice d’énergie.

 

Un pari sur la résilience

Au-delà de l’énergie, le contournement de Suez affecterait également le tissu productif marocain.

De nombreux intrants industriels, équipements et composants transitent par les grandes routes maritimes reliant l’Asie à l’Europe. Les retards et surcoûts logistiques peuvent réduire la compétitivité des exportations marocaines, dont certains secteurs sont intégrés aux chaînes de valeur mondiales.

La puissance portuaire du Maroc, avec des infrastructures comme Tanger Med, peut certes constituer un atout stratégique. Elle permet d’absorber une partie des reconfigurations de flux et de renforcer la position du pays comme hub régional.

Toutefois, elle ne neutralise pas les hausses globales du fret ni la flambée des prix énergétiques.

Pour autant, Nadia Fettah Alaoui se veut rassurante, mettant en avant plusieurs facteurs de résilience de l’économie marocaine. «Nous avons des réserves de change, un mix énergétique qui est de plus en plus vert et puis une économie qui a prouvé sa résilience», affirme-t-elle.

Elle souligne également que la diversification du mix énergétique sera un test concret. «Le mix énergétique est très important. C’est là qu’on va voir son efficacité dans les semaines qui viennent», affirme la ministre, espérant toutefois que la crise restera contenue dans le temps, même si, relève-t-elle, «nous avons le plan d’action qu’il faut». 

 

 

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