L’intelligence artificielle s’impose comme un levier de transformation des entreprises, à condition que les investissements engagés se traduisent par des résultats concrets et mesurables.
Redouane Mabchour, Directeur Général Afrique de Concentrix et Président de la Fédération Marocaine de l’Externalisation des Services (FMES), a pris part au panel « Des cas d’usage à l’impact : qu’est-ce qui fait la réussite ou l’échec des initiatives d’IA ? », organisé lors de la 8e édition des Assises de l’AUSIM.
Tenu à Tanger du 7 au 9 octobre 2026 sous le thème « AIMPOWERING : Par l’Innovation, l’Intelligence et la Souveraineté », ce rendez-vous a réuni plus de 1 200 dirigeants, directeurs des systèmes d’information, décideurs publics et experts autour des grands enjeux de la transformation numérique.
Alors que l’édition 2026 mettait l’accent sur le passage de l’expérimentation technologique à des usages concrets, ce panel a posé une question devenue centrale pour les directions générales : qu’est-ce qui distingue une initiative d’IA qui crée de la valeur d’une initiative qui ne dépasse pas le stade du pilote ? Nourri de cas concrets, de retours d’expérience et de bonnes pratiques, l’échange a permis d’aborder l’impact réel de l’IA au-delà de l’expérimentation.
Redouane Mabchour y a partagé sa vision des conditions nécessaires pour transformer les initiatives d’IA en véritables leviers de valeur : leur alignement avec les enjeux business, la mesure de leur retour sur investissement et leur capacité à s’inscrire dans une démarche durable de transformation. Les perspectives complémentaires apportées par Maryam Guessous, Saad Rguig et Mohamed Bennis ont permis de croiser les regards sur les facteurs de réussite de ces initiatives.
Trois exigences avant de financer une IA
Pour Redouane Mabchour, le débat sur l’IA doit changer de focale. « On parle beaucoup d’IA. On parle beaucoup moins de ce qu’elle rapporte vraiment », a-t-il relevé, avant de formuler trois exigences préalables à tout investissement : «Avant de financer une IA, exigez trois choses : un point de départ mesuré, quelqu’un qui porte le résultat, et le seuil à partir duquel on arrête».
Une situation de référence pour objectiver les gains, un responsable clairement identifié du résultat et un critère d’arrêt fixé dès le départ : ces trois garde-fous permettent de piloter un projet d’IA comme un investissement, et non comme une expérimentation sans fin.
Le Directeur Général Afrique de Concentrix a défendu une conviction : la valeur ne vient ni de l’outil ni de la technologie. «Elle vient d’abord d’un vrai problème business à résoudre, avec la donnée et les processus prêts avant l’outil», a-t-il affirmé. Autrement dit, c’est la préparation de l’organisation, et non le choix de la solution, qui conditionne la réussite d’un projet.
La mesure constitue le second levier : «Du temps gagné n’est pas encore du ROI tant qu’on ne sait pas ce qu’il produit». Un gain de productivité ne devient ainsi création de valeur que lorsqu’il se traduit par un résultat tangible pour l’entreprise.
Une valeur durable passe par la transformation des métiers
Enfin, cette valeur ne s’inscrit dans la durée que si elle transforme les métiers. Redouane Mabchour en a donné une illustration tirée du quotidien de Concentrix : «Chez Concentrix, un agent qui pilote aujourd’hui un agent IA exerce un métier qui n’existait pas il y a deux ans. Cet agent dit à lui seul tout l’enjeu pour notre secteur».
L’IA fait ainsi émerger de nouveaux rôles, dans lesquels les collaborateurs encadrent et orientent des outils intelligents.
Également président de la Fédération Marocaine de l’Externalisation des Services (FMES), Redouane Mabchour a replacé ce débat dans la trajectoire du secteur au Maroc : «C’est le pari que nous défendons à savoir les emplois de demain ne viendront pas d’heures vendues moins cher, mais de plus de valeur vendue depuis le Maroc».
Une vision qui fait de l’IA un levier de montée en valeur du secteur, au service de l’emploi qualifié et de la compétitivité du Royaume.