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Le Maroc en 2026 : Des voyants au vert, mais des fragilités persistantes

Le Maroc en 2026 : Des voyants au vert, mais des fragilités persistantes

L'économie marocaine aborde 2026 sur une trajectoire de consolidation qui, sur le papier, a tout d’une période favorable.

D’après les prévisions du haut-commissariat au Plan, la croissance du PIB est attendue à 5% après 4,7% en 2025, portée par un rebond agricole spectaculaire et par une bonne tenue des activités non agricoles. L’inflation se replierait à 1,3%, offrant un environnement de prix apaisé.

La demande intérieure continuerait d’assurer l’essentiel de la dynamique, tandis que l’investissement brut maintiendrait un niveau élevé, autour de 32% du PIB en 2026.

A ce stade, le tableau est flatteur : activité en accélération, inflation maîtrisée, finances publiques en voie d’assainissement et dette publique sur une pente descendante.

Mais ce scénario encourageant repose sur un équilibre délicat. Le moteur agricole joue un rôle déterminant. La valeur ajoutée du secteur primaire bondirait de plus de 10% en 2026, grâce à une campagne céréalière supérieure à la moyenne et à un redressement de l’élevage. Cette dépendance persistante à la pluviométrie rappelle que la volatilité climatique reste un facteur de fragilité structurelle.

Une bonne année agricole propulse la croissance, une mauvaise la freine brutalement. La diversification engagée depuis plusieurs années n’a pas encore totalement neutralisé cet aléa, quand bien même on note de plus en plus une bonne tenue du PIB non agricole. D’ailleurs, les activités non agricoles continueraient de progresser autour de 4,3% cette année, tirées par l’industrie, le BTP et les services marchands.

Dans la même veine, l’industrie chimique et extractive bénéficie de la montée en puissance de la transformation locale du phosphate, le tourisme prolonge sa dynamique ascendante, tandis que les grands chantiers d’infrastructures liés aux échéances sportives internationales soutiennent l’investissement.

Sur ce point, la stratégie publique d’anticipation par l’investissement massif continue de produire des effets d’entraînement appréciables. Cependant, l’analyse structurelle rappelle que le modèle de croissance demeure dominé par la demande intérieure, tandis que la contribution de la demande extérieure nette reste historiquement négative. Les importations progressent plus vite que les exportations, entraînant un déficit commercial autour de 21% du PIB en 2026.

En cela, l’investissement, aussi élevé soit-il, continue de se traduire par une forte demande de biens d’équipement importés. Et c’est cette dépendance extérieure qui constitue le talon d’Achille de la trajectoire projetée. Rééquilibrage productif Le diagnostic livré par les indicateurs de long terme est sans ambiguïté : les capacités productives du Maroc se sont nettement améliorées depuis vingt ans, mais l’offre exportable demeure concentrée et insuffisamment sophistiquée, limitant l’aptitude du commerce extérieur à devenir un véritable relais autonome de croissance.

«Ce décalage entre les efforts déployés pour l’accumulation du capital et ses retombées escomptées nous interpelle sur l’efficience de l’allocation des investissements, dont l’efficacité demeure à des niveaux relativement insuffisants», souligne à ce titre le HCP.

La transition automobile en Europe illustre ce risque. Le Maroc a bâti un pôle d’exportation performant, mais centré sur des segments thermiques dont la demande s’essouffle. Les projections reconnaissent que cette mutation pèsera sur les exportations de voitures de tourisme. L’enjeu est donc d’accélérer la montée en gamme industrielle, notamment vers les batteries, l’électrique et les technologies vertes, afin de maintenir la place du Royaume dans les chaînes de valeur mondiales. Sur le plan budgétaire, l’Etat poursuit une trajectoire disciplinée.

Le déficit se réduirait à 3,2% du PIB en 2026, soutenu par des recettes fiscales renforcées par la réforme de l’assiette et par une baisse des dépenses de compensation. Par ailleurs, la dette publique globale reculerait à 77,5% du PIB. Cette consolidation donne des marges d’action, mais elle ne saurait être durable si la croissance demeure trop dépendante de la dépense publique et des cycles agricoles. Les perspectives 2026 décrivent donc une économie en progrès, mais encore en transition.

La croissance est bien orientée, la stabilité macroéconomique est préservée et la confiance des investisseurs demeure solide. Pourtant, l’équation fondamentale reste la même : transformer l’effort d’investissement en gains durables de productivité et en exportations plus diversifiées. C’est à ce prix que la dynamique actuelle cessera d’être conjoncturelle pour devenir structurelle, et que le Maroc franchira un nouveau palier dans sa trajectoire économique.

 

Par D. William

 

 

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