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Rabat - Dakar : Le partenariat au centre du jeu

Rabat - Dakar : Le partenariat au centre du jeu

Rabat a accueilli les 27 et 28 janvier la 15ème Commission mixte de coopération Maroc– Sénégal.

Cet événement, qui a eu lieu quelques jours après la finale électrique de la CAN et à un moment où l’émotion sportive encore chaude, a donné à voir qu’un trophée peut certes enflammer les nerfs, mais qu’il ne peut en aucune manière dicter la trajectoire des relations entre les deux pays.

Le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a d’ailleurs planté le décor en rappelant que le lien bilatéral relève d’une profondeur historique et non d’une opportunité du moment.

«Une relation naturelle et durable, et non un produit de l'instant ou une alliance conjoncturelle», a-t-il affirmé, notant que «le Royaume du Maroc et la République du Sénégal resteront deux grands pays africains, fidèles à l’esprit de fraternité, de solidarité et de respect qu’ils ont toujours incarné à l’égard du continent africain». Côté sénégalais, le Premier ministre Ousmane Sonko n’a pas esquivé le sujet. Il l’a recadré en le requalifiant pour ce qu’il est, à savoir une poussée d’adrénaline collective et guère une faille géopolitique.

«Les dérapages observés (...) doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur et non comme des facteurs politiques ou culturels», précise-t-il. Des propos qui refusent de politiser l’incident et, surtout, qui protègent la relation des entrepreneurs, des étudiants, des investisseurs et des communautés installées de part et d’autre.

Signature de 17 instruments juridiques

Dès lors, ce qu’il faut relever, c’est la maturité des deux Etats. Là où d’autres auraient cédé à la crispation nationaliste post-match, Rabat et Dakar ont répondu par des signatures d’accords, des mécanismes de suivi, des projets d’infrastructures et des forums économiques. C’est dire que cette Commission mixte n’a pas servi à «sourire pour la photo», mais plutôt à consolider le partenariat bilatéral, avec notamment la signature de 17 instruments juridiques.

Sur l’industrie et le commerce, une nouvelle feuille de route est actée, le Sénégal ayant comme objectif d’accélérer son industrialisation à l’heure où le pays ouvre un nouveau chapitre énergétique (pétrole et gaz), déploie des zones agro-industrielles et des zones économiques spéciales, tout en cherchant à faire monter en gamme sa transformation locale.

Le Maroc, lui, apporte son expérience en infrastructures industrielles, mise à niveau, formation, encadrement et dans un domaine hautement stratégique : les phosphates et leur valorisation, avec l’OCP comme vitrine et levier. La coopération sur les PME a, elle aussi, une logique imparable. Quand un responsable sénégalais rappelle que les PME représentent 97% du tissu économique du pays, il indique où se trouve la bataille de la productivité, de la formalisation et de l’emploi.

Si Rabat et Dakar organisent des passerelles entre agences PME et structures de mise à niveau, c’est un pari sur la diffusion des compétences et sur la compétitivité. Le volet portuaire et logistique ajoute une dimension stratégique. Les synergies Tanger Med–Dakar et Dakhla–Ndayane/Bargny consolident l’idée d’un axe atlantique africain plus fluide, où l’intégration se fait par les flux (marchandises, intrants industriels, exportations agroalimentaires, composants...) dans un schéma gagnant-gagnant.

Il y a également l’énergie, avec le Gazoduc Afrique Atlantique, qui devient un enjeu de souveraineté Sud-Sud et où le Sénégal est appelé à jouer un rôle de premier plan dans la première phase. S’y ajoutent les énergies renouvelables, l’accès à l’électricité, la transformation locale des ressources minières ou encore l’enseignement supérieur et la recherche.

Dans cette atmosphère encore chargée, Sonko a clarifié l’intention. «C’est un voyage de confirmation, de dépassement et de refondation du lien, à la hauteur de deux nations qui se respectent, se reconnaissent et se projettent ensemble». Traduction économique : on passe du «partenariat cordial» au «partenariat productif» avec des instruments, des calendriers et une mobilisation des secteurs privés.

Dans une Afrique traversée par des recompositions géopolitiques et par une quête d’intégration économique, Rabat et Dakar entendent avancer ensemble. Il restera sans doute des séquelles émotionnelles dans l’opinion publique, quelques passes d’armes numériques entre supporters et des souvenirs de soirée tendue au stade.

Mais ce qu’il faut retenir, c’est que deux gouvernements viennent de démontrer que l’architecture du partenariat maroco-sénégalais est suffisamment robuste pour absorber les turbulences conjoncturelles.

 

Par D. William

 

 

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