Marine Le Pen, figure de proue de l’extrême droite et favorite des sondages pour la présidentielle de 2027, a été condamnée à de la prison ferme et, surtout, à l’inéligibilité immédiate. Une décision retentissante qui déclenche un tsunami de réactions, du RN à l’internationale populiste, en passant par une classe politique française très partagée.
Cinq ans d’inéligibilité, quatre ans de prison dont deux ferme (aménagés avec bracelet électronique), 100.000 euros d’amende et une onde de choc qui traverse la France et bien au-delà : le jugement tombé sur Marine Le Pen n’est pas seulement une déflagration judiciaire, c’est un séisme politique.
A deux ans de la présidentielle, l’héroïne de l’extrême droite française voit son rêve élyséen, longtemps caressé, suspendu à une audience d’appel prévue pour l’été 2026.
La décision a été prise dans le cadre d’une affaire que d’aucuns qualifient de «vieille casserole» : un système présumé de détournement de fonds européens au profit du parti, à hauteur de 4,4 millions d’euros.
La justice a alors… jugé. Et voilà Marine Le Pen propulsée de favorite des sondages pour la prochaine présidentielle à candidate recalée, avec une inéligibilité exécutoire qui lui ferme pour le moment les portes du scrutin de 2027.
La réaction fut immédiate. Le Rassemblent national a crié au «scandale démocratique», au «coup d’Etat judiciaire» et au «système» qui aurait «sorti la bombe nucléaire».
Le Pen elle-même a dénoncé des méthodes dignes de «régimes autoritaires», pendant que son fidèle Jordan Bardella jure «loyauté totale» tout en lançant la contre-offensive. Rassemblements, tribunes et pétitions : le RN ne s’avoue pas vaincu.
En face, les réponses n’ont pas été toujours à la hauteur de la gravité du moment.
François Bayrou, en chef de gouvernement troublé mais prudent, a tenté de marcher sur le fil : il ne commente pas la justice, mais trouve tout de même «l’exécution immédiate» sujette à réflexion. Un exercice d’équilibriste que beaucoup d’observateurs critiquent.
Du côté des Républicains, Eric Ciotti, patron de l’Union des droites pour la République, veut une loi pour neutraliser l’exécution provisoire, tandis que Xavier Bertrand, président Les Républicains (LR) des Hauts-de-France, crie au déni de séparation des pouvoirs, redoutant une Assemblée transformée en cour de justice bis.
En tout cas, l’inéligibilité immédiate suscite des débats juridiques et démocratiques tellement passionnés qu’on en oublie l’essentiel : Marine Le Pen a été jugée pour des faits précis, par des magistrats indépendants et au terme d’un procès contradictoire.
C’est ce qu’on appelle l’Etat de droit.
Les juges ont appliqué la loi. Peut-être avec une fermeté qui surprend, mais pas sans fondement. Et d’ailleurs, une majorité de Français (57% selon les sondages) considère cette décision comme légitime.
A l’étranger, l’internationale populiste s’est immédiatement mise en ordre de bataille.
«Je suis Marine !», a clamé le Premier ministre hongrois Viktor Orban. L’ex-président brésilien Jair Bolsonaro a crié à la «persécution» et Donald Trump a comparé cette affaire à ses propres ennuis judiciaires.
Elon Musk y est allé de son indignation sur X, dénonçant un «abus du système judiciaire», tandis que le Kremlin déplore une «violation des normes démocratiques».
En attendant, face à l’inéligibilité de la cheffe, le RN s’organise.
Mais sans vraiment ouvrir la voie à Jordan Bardella qui joue la fidélité parfaite, sachant que Marine Le Pen n’est pas encore définitivement disqualifiée. Elle dispose d’un appel. D’un calendrier. D’un espoir…
F. Ouriaghli