Les connexions présumées entre le Polisario et les organisations terroristes opérant dans la région sahélo-saharienne ont été au centre de plusieurs interventions devant la Quatrième Commission des Nations unies, mercredi à New York.
Des pétitionnaires ont alerté sur les risques sécuritaires liés à ces rapprochements, tout en évoquant les initiatives engagées au Congrès américain pour inscrire le mouvement séparatiste sur la liste des organisations terroristes.
La question des liens entre le Polisario et les réseaux extrémistes actifs au Sahel s'invite de nouveau dans les débats aux Nations unies. Devant la Quatrième Commission, plusieurs intervenants ont dénoncé les ramifications présumées du mouvement séparatiste avec des organisations terroristes, estimant que cette situation constitue une menace croissante pour la stabilité régionale.
Le président de l’Institut sahélien de recherche et d’analyse pour la transformation des conflits, Souleymane Satigui Sidibe, a notamment attiré l’attention sur l’évolution du regard porté par les États-Unis sur le Polisario.
Selon lui, l’intérêt grandissant des responsables politiques américains pour les activités du mouvement traduit un «tournant qualitatif» dans l’appréciation des menaces sécuritaires qui lui sont attribuées.
L’intervenant considère que les «dérives terroristes ne peuvent plus être occultées», faisant référence aux initiatives législatives engagées au Congrès américain.
Le Congrès américain se saisit du dossier
Souleymane Satigui Sidibe a ainsi évoqué l’existence d’un «processus législatif structuré et bipartisan» au sein des deux chambres du Congrès. Des parlementaires républicains et démocrates auraient introduit des propositions de loi visant à désigner le Polisario comme organisation terroriste.
D’après le pétitionnaire, une vingtaine de membres de la Chambre des représentants et du Sénat soutiennent ces démarches, qui reposeraient sur des «preuves tangibles» de l’implication d’éléments du mouvement dans des activités terroristes et des opérations de déstabilisation au Sahel.
Ces initiatives témoignent, selon lui, d’une volonté de renforcer la surveillance des réseaux susceptibles d'entretenir des connexions avec les groupes armés extrémistes.
Elles ne constituent toutefois pas, à ce stade, une désignation officielle du Polisario comme organisation terroriste par les autorités américaines.
Les préoccupations sécuritaires ont également été soulevées par Mohammad Ziyad Aljabari, représentant de l’Association d’amitié maroco-palestinienne.
Celui-ci a affirmé que plusieurs éléments attesteraient du recrutement de membres du Polisario par des organisations terroristes opérant au Sahel.
Il a notamment cité le parcours d’Adnan Abou Walid Al-Sahraoui, ancien membre du Polisario devenu dirigeant d’un groupe affilié à Daech, ainsi que des informations faisant état de la participation présumée d’éléments séparatistes à des attaques dans la région du Moyen-Orient.
L’intervenant a également alerté sur les risques de recrutement de jeunes et de mineurs dans les camps de Tindouf, susceptibles, selon lui, d’être instrumentalisés au profit de mouvements extrémistes.
Pour sa part, Abdul Basith Pattinathar, représentant de l’organisation World Humanitarian Drive, a appelé la communauté internationale à examiner plus attentivement les interactions entre mouvements séparatistes, terrorisme et criminalité transnationale, particulièrement dans les territoires confrontés à une forte fragilité institutionnelle et sécuritaire.
Mohammad Ziyad Aljabari a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de préserver le caractère civil et humanitaire des camps de réfugiés. Il a plaidé pour une protection renforcée de ces espaces contre toute militarisation ou influence extrémiste, ainsi que pour une meilleure traçabilité de l’aide destinée aux populations.
Les camps de Tindouf au cœur des inquiétudes
La situation dans les camps de Tindouf a occupé une place importante dans les interventions.
Amal Jbour, représentant la Jordanian Philosophical Society, a fait état de préoccupations croissantes concernant les relations présumées entre le Polisario et les réseaux terroristes sahéliens. Elle a notamment établi un parallèle entre ces inquiétudes et les initiatives de parlementaires américains favorables à une désignation terroriste du mouvement.
Selon l’intervenante jordanienne, le maintien du statu quo dans les camps de Tindouf contribue à entretenir un environnement propice à l’aggravation des tensions et des risques sécuritaires.
Elle a également dénoncé les conditions de vie des populations installées dans ces camps depuis plusieurs décennies, mettant en cause la gouvernance exercée par le Polisario.
Des préoccupations similaires ont été exprimées par Mehmood Ur Rehman Anwar, de l’Africa Culture International, et Harald Troch. Les deux intervenants ont particulièrement insisté sur l’absence de perspectives économiques et sociales pour les jeunes, la dégradation des conditions humanitaires et les risques d’endoctrinement.
À leurs yeux, la combinaison de ces facteurs pourrait favoriser la radicalisation et faciliter le recrutement par des organisations extrémistes présentes dans la région.