Hassan Ouriagli, président-Directeur général du groupe Al Mada, est décédé samedi 10 janvier 2026 à Paris, où il était hospitalisé. Avec sa disparition, le Maroc perd l’un de ses dirigeants économiques les plus influents de ces deux dernières décennies, et l’Afrique un acteur discret mais déterminant de l’émergence d’un capital-investissement structuré et ambitieux.
Né à Rabat en 1962, Hassan Ouriagli faisait partie de ces dirigeants qui préfèrent bâtir dans l’ombre plutôt que briller sous les projecteurs. Peu médiatisé et rarement exposé, il aura pourtant façonné l’un des instruments économiques majeurs du Royaume contemporain.
Sa trajectoire épouse celle d’une ambition : doter le Maroc d’un bras financier capable d’investir, de transformer et d’accompagner la croissance du continent africain.
Polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées, stratège formé aux rigueurs du conseil international chez Cap Gemini Ernst & Young à Paris, il revient au Maroc au début des années 2000 pour rejoindre le groupe ONA.
Directeur des participations financières, puis directeur délégué, il joue un rôle pivot dans la fusion ONA–SNI en 2010.
Mais c’est en 2014 que son œuvre prend une dimension autrement plus importante. A la tête de la SNI, il engage une transformation stratégique profonde.
En 2018, la holding devient Al Mada. Nouveau nom, nouvelle orientation et nouvelle doctrine : le Maroc se dote d’un fonds d’investissement panafricain, tourné vers les secteurs structurants du développement (finance, industrie, infrastructures, énergie, télécommunications..).
Sous son impulsion, le capital marocain cesse d’être seulement national; il devient continental.
Hassan Ouriagli ne concevait pas l’investissement comme une mécanique froide. Il y voyait un instrument de transformation des sociétés.
Il l’avait exprimé avec clarté lors du Forum international Afrique Développement de 2019, en définissant la philosophie d’Al Mada.
«Notre signature, Positive Impact, exprime notre engagement : inscrire notre empreinte dans une dynamique inclusive et à long terme», affirmait-il.
Cette phrase résume sa vision : une finance enracinée dans les territoires et attentive aux équilibres sociaux et environnementaux, mais fermement orientée vers la création de valeur. Sous sa direction, Al Mada finance, entre autres, l’essor des énergies renouvelables, la modernisation industrielle et la distribution à grande échelle.
Chaque investissement porte une logique : structurer plutôt que simplement rentabiliser.
Son ambition allait plus loin encore. Il défendait une redéfinition du rôle de l’entreprise dans la société, refusant l’opposition classique entre profit et responsabilité. Toujours lors de ce même discours, il affirmait ainsi que «partout où nous prenons la décision d’investir, nous nous efforçons de rencontrer cette double finalité de l’entreprise : créer des richesses et contribuer au bien commun en renforçant le tissu social de manière durable et respectueuse de la dignité humaine et de la nature».
Rarement un dirigeant marocain aura formulé avec autant de netteté une doctrine économique aussi cohérente. Ce n’était pas un propos de circonstance, mais une ligne d’action.
Sa disparition ouvre une page d’incertitude, mais elle laisse un héritage solide. Al Mada est aujourd’hui une plateforme d’investissement panafricaine reconnue.
Le Maroc dispose d’un instrument financier capable d’accompagner sa diplomatie économique sur le continent. Et l’Afrique compte un partenaire stable, patient, structurant.
Hassan Ouriagli laisse l’image d’un bâtisseur silencieux. Un homme qui aura préféré les fondations aux projecteurs. Et dont l’œuvre, plus que son nom, continuera de parler pour lui.
En cette douloureuse circonstance, les dirigeants des Groupes JMA Conseil et Lines Event, ainsi que les rédactions de Finances News Hebdo, La Quotidienne, Autonews, Bourse News et Iktissadkom adressent leurs sincères condoléances à sa famille, ses proches et au Groupe Al Mada.
F. Ouriaghli