A la suite des frappes israélo-américaines du 28 février, l’Iran a orchestré une riposte massive et élargie aux alliés régionaux de Washington. Aujourd’hui, le Moyen-Orient redevient le cœur instable de l’équilibre mondial, avec en toile de fond la crainte de la flambée des prix du pétrole.
Les frappes israélo-américaines sur l’Iran, le 28 février, ont ouvert une brèche que personne ne peut aujourd’hui réduire à une simple opération militaire ciblée.
La mort d’Ali Khamenei, annoncée par Donald Trump puis confirmée par Téhéran, marque un basculement historique qui risque d’embraser la région.
En effet, la riposte iranienne a été immédiate et massive pour élargir le théâtre des hostilités.
En Israël, dans le centre du pays, un immeuble s’est effondré après l’impact direct d’un missile balistique, faisant 9 morts et des dizaines de blessés. Tel-Aviv a également été touchée.
Mais la logique iranienne dépasse le seul affrontement avec l’Etat hébreu. L’objectif est d’envoyer un signal aux partenaires régionaux de Washington pour dire que personne dans le Golfe n’est plus en sécurité.
Dans ce sens, les Emirats arabes unis affirment avoir intercepté 137 missiles balistiques et 209 drones. Même les systèmes antimissiles les plus sophistiqués ne garantissent pas cependant l’étanchéité absolue.
Ainsi, trois personnes ont été tuées aux Emirats et près de soixante blessées. Le Qatar, le Koweït, Bahreïn, Oman et l’Arabie Saoudite ont également été visés.
Fractures internationales
Sur le plan diplomatique, les réactions internationales, sans surprise, montrent les divergences habituelles. L’Union européenne condamne les attaques iraniennes contre les Etats arabes et redoute une extension incontrôlée du conflit.
A l’ONU, Antonio Guterres met en garde contre une dynamique dont personne ne maîtrise l’issue. Pékin dénonce l’assassinat du guide suprême et appelle à la retenue.
Moscou évoque une violation grave du droit international. Le pape Léon XIV demande, de son côté, d’arrêter la spirale de la violence avant une fracture irréparable.
Dans le même temps, Donald Trump menace d’une «force sans précédent» en cas de nouvelles représailles, tout en tenant un discours de changement de régime.
Ce climat de confrontation a déjà des effets tangibles sur l’économie mondiale. Les compagnies aériennes ont annulé des centaines de vols vers le Golfe et contournent désormais l’espace aérien iranien et irakien, allongeant les temps de trajet et renchérissant les coûts.
Le point névralgique reste toutefois le détroit d’Ormuz. Un pétrolier y a été touché et était en train de couler au moment où ces lignes étaient écrites. Des dizaines de navires commerciaux se retrouvent immobilisés ou déroutés.
Or, selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 21 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par ce couloir maritime, soit près de 20% de la consommation mondiale de liquides pétroliers. Près d’un tiers du commerce mondial de gaz naturel liquéfié emprunte également cette route.
Une fermeture prolongée d’Ormuz provoquerait un choc immédiat sur les flux énergétiques. Les prix du brut pourraient franchir des seuils psychologiques majeurs, et certains experts prédisent déjà un baril à 100 dollars prochainement, voire 120 dollars si le conflit se prolonge.
Les coûts de transport maritime grimperaient. Les chaînes d’approvisionnement, déjà fragilisées par les tensions en mer Rouge et en Ukraine, subiraient une nouvelle onde de choc. L’inflation, que nombre d’économies tentaient péniblement de contenir, repartirait à la hausse. Les Banques centrales seraient confrontées à un dilemme redoutable entre stabilité des prix et soutien à la croissance.
Au-delà des chiffres, c’est l’architecture sécuritaire régionale qui vacille. La disparition de Khamenei ouvre une phase d’incertitude politique en Iran, avec un conseil de transition appelé à gérer l’après-guide.
La question n’est plus seulement militaire. Elle est aussi institutionnelle et idéologique. Le régime va-t-il se durcir encore davantage ou amorcer une recomposition pour desserrer l’étau international ?
En tout cas, le Moyen-Orient redevient l’épicentre d’un affrontement qui dépasse largement ses frontières. L’énergie, la sécurité maritime, la stabilité des marchés et même les équilibres diplomatiques mondiaux sont désormais liés à l’évolution de ce conflit.
F. Ouriaghli