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Iran : L’ordre par les balles

Iran : L’ordre par les balles

La République islamique est confrontée depuis le 28 décembre dernier à l’un des soulèvements les plus massifs depuis 1979, nourri par l’hyperinflation, la fatigue d’un peuple sous sanctions et l’usure d’un régime qui semble avoir confondu longévité et droit divin.

La réponse ? Une répression d’une rare brutalité, maquillée en défense nationale. Les chiffres en témoignent.

Au moins 192 manifestants tués selon Iran Human Rights, mais probablement bien davantage. Malgré Internet coupé depuis plus de cinq jours, des images ont pu fuiter montrant des dizaines de corps dans des sacs noirs. Et pendant ce temps, les dirigeants iraniens montent sur scène pour tenter de transformer une crise intérieure en une histoire de résistance.

Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a ainsi choisi un vocabulaire guerrier. Devant des milliers de partisans rassemblés à Téhéran, il a déclaré que «l’Iran mène une guerre sur quatre fronts», citant «une guerre économique, psychologique, une guerre militaire contre les EtatsUnis et Israël, et à présent une guerre contre des terroristes».

Dans cette phrase, tout est dit. Les manifestants ne sont pas des citoyens en colère, mais des terroristes. La contestation n’est pas politique, elle est une agression extérieure. Et pour achever la mise en scène, la rue progouvernementale a été mobilisée pour répondre à la rue insurgée, en arborant des banderoles «Mort à Israël, mort à l’Amérique».

Deux foules face à face donc. L’une armée de slogans officiels. L’autre de désespoir. Feu de paille ? Le régime iranien a les chocottes. C’est le moins que l’on puisse dire. Il sait que ce soulèvement n’est pas un feu de paille. Il sait qu’il touche toutes les couches sociales, des commerçants aux étudiants, en passant par les classes populaires et une certaine élite. Il sait aussi que l’isolement économique, aggravé par le retour des sanctions onusiennes et la guerre éclair avec Israël en 2025, a considérablement affaibli le pays et aggravé la crise sociale.

D’où cette fuite en avant. Couper Internet pour taire la réalité et mieux travestir les faits. Organiser des contre-manifestations pour prouver que le régime dispose encore d’une base populaire solide. Qualifier les protestataires d’«émeutiers», de «terroristes» et de «criminels». Et placer la crise sous le signe d’une guerre hybride où l’Amérique et Israël sont cités comme adversaires permanents. La dimension internationale ajoute, en effet, à la tension. L’Union européenne préconise de nouvelles sanctions contre les Mollahs.

La Chine appelle au calme et s’oppose à toute ingérence étrangère. Le président américain Donald Trump affirme que Téhéran veut «négocier» et qu’une réunion est «en cours de préparation», tout en évoquant des «options très fortes».

En réponse, Ghalibaf promet que l’armée iranienne infligerait à Trump «une leçon inoubliable» en cas d’attaque américaine. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, joue une partition plus diplomatique, mais tout aussi révélatrice. «La République islamique d’Iran ne cherche pas la guerre, mais est tout à fait préparée pour la guerre», affirme-t-il, ajoutant que «nous sommes également prêts à des négociations, mais ces négociations doivent être équitables (…) et fondées sur le respect mutuel».

Quant à l’ayatollah Khamenei, il compare Trump aux «tyrans de ce monde» et affirme qu’il «sera renversé». Le président Massoud Pezeshkian, pour sa part, reprend la même ligne. Il appelle à une «marche de résistance» nationale pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des «criminels terroristes urbains». Là encore, la rue qui manifeste contre la vie chère et l’autoritarisme est requalifiée en bande armée téléguidée de l’étranger.

C’est pourquoi, d’ailleurs, les forces de sécurité s’autorisent à tirer à balles réelles sur les manifestants. Voilà donc un régime qui tire sur sa jeunesse pour rester debout. Alors, que reste-t-il d’une République quand elle ne survit plus que par ses forces de sécurité ? Combien de sang faudra-t-il encore pour que ce pouvoir comprenne qu’un peuple qui crie sa faim et sa colère n’est pas un ennemi extérieur  ? Trump mettra-t-il fin à cette répression sanglante en Iran ? 

 

Par D. William

 

 

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