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L’automne européen : Les gouvernements à court de crédit

L’automne européen : Les gouvernements à court de crédit

Partie des écoles et élargie à la vie chère, la contestation française trouve des échos ailleurs en Europe. Les exécutifs affrontent des colères que leurs promesses ne suffisent plus à contenir. L’expression «Printemps arabe» fleurit de nouveau mais transposée cette fois au Vieux Continent, sous la forme d'un automne bien plus sombre.

De Paris à Tirana, les manifestations rappellent, par certains aspects, le printemps arabe avec au menu des revendications sur la vie quotidienne qui tournent à la contestation du pouvoir, une jeunesse qui n’a plus envie d’attendre. La comparaison a certes ses limites, mais les gouvernements auraient tort de s’en tenir aux différences pour se rassurer.

L'histoire politique retient rarement les frontières administratives lorsque le désespoir économique et le sentiment d'injustice s'emparent des populations. En 2011, l'embrasement de la Tunisie avait suffi à secouer tout le Moyen-Orient par un effet de mimétisme et de ras-le-bol généralisé. Aujourd'hui, c'est la crispation face à la vie chère et aux services publics en lambeaux qui joue ce rôle d'aiguillon dans le Vieux Continent.

En France, l’ampleur des manifestations et les violences du 17 octobre ont installé la crise sociale au premier rang des urgences politiques. Les revendications sur les conditions d’enseignement ont rejoint la colère contre la vie chère, tandis que les pillages et les affrontements ont conduit le gouvernement à instaurer des couvre-feux ciblés et à annoncer un dispositif de sécurité renforcé.

Pour l’exécutif français, le rétablissement de l’ordre constitue une obligation autant qu’une épreuve d’autorité. Il offre aussi un terrain plus familier que celui du pouvoir d’achat, où les résultats tardent et les responsabilités se dispersent. Les habitants et les commerçants attendent une protection; les manifestants pacifiques, une réponse qui ne disparait pas derrière les images de vitrines brisées.

À Lisbonne, les autorités ont pu mesurer la ténacité de la mobilisation le 20 octobre. Après l’évacuation des campements de la capitale et de Porto, accompagnée de 55 arrestations, des milliers de personnes se sont rassemblées le soir même. Au Rossio, les participants ont voté pour réinstaller leurs tentes dès le lendemain, maintenant la pression sur la question du logement.

En Espagne, le dossier a déjà bousculé le calendrier électoral. Pedro Sánchez a convoqué des législatives anticipées pour le 29 novembre après le rejet au Parlement de ses mesures d’urgence sur le logement. Les socialistes étaient pourtant devancés dans la plupart des sondages lors de l’annonce. Le chef du gouvernement tente de convertir la mobilisation en majorité parlementaire, avec un pari délicat pour un sortant : faire juger ceux qui bloquent ses décisions plutôt que ses propres années au pouvoir.

La contestation espagnole a trouvé un visage avec Maricarmen Abascal, 87 ans, expulsée le 23 septembre de l’appartement madrilène où elle vivait depuis plus de sept décennies. Sa mort, le 7 octobre, dont la cause n’a pas été rendue publique, a ravivé l’indignation.

Le logement place les gouvernants devant des intérêts électoraux difficiles à concilier. Le loyer insupportable pour un jeune actif constitue parfois le revenu d’un retraité; l’immobilier inaccessible aux nouveaux acheteurs représente l’épargne des propriétaires. Derrière les appels à soutenir la jeunesse, il faut arbitrer et assumer le coût politique des décisions.

En Italie, Giorgia Meloni a réuni un conseil de sécurité d’urgence le 19 octobre après les violences du week-end, tandis que Matteo Salvini annonçait 500 militaires supplémentaires à Milan. En Belgique, près de 200 arrestations ont été rapportées après les affrontements du 17 octobre à Bruxelles et à Liège. La diversité des gouvernements concernés devrait dissuader chaque camp de voir dans cette séquence le seul échec de ses adversaires.

En Albanie, Edi Rama, reconduit pour un quatrième mandat en 2025, affronte une contestation directement tournée contre son pouvoir. Le 14 octobre, des dizaines de milliers d’étudiants ont manifesté contre le coût des études et la corruption. Reuters relève aussi leur défiance envers des figures de l’opposition : l’usure du gouvernement ne garantit à personne de recueillir la mise.

Les démocraties européennes disposent d’élections concurrentielles et de contre-pouvoirs qui les distinguent des régimes affrontés en 2011. Encore faut-il que ces possibilités d’alternance conservent un sens pour ceux qui attendent une amélioration de leur quotidien. Lorsqu’ils réclament du temps, les dirigeants raisonnent en échéances électorales. Ceux qui manifestent comptent les années passées chez leurs parents et les rentrées scolaires difficiles.

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