Depuis le 1er novembre, le gasoil a augmenté de 80 centimes à un Dirham par litre selon les distributeurs. Une nouvelle secousse pour les automobilistes et les professionnels, avec des prix qui approchent désormais les 17 dirhams dans certaines stations. A ce niveau, le plein devient une décision budgétaire. Et pour beaucoup de ménages, une dépense que l’on subit davantage qu’on ne la choisit.
En effet, la hausse du carburant a des effets transversaux. Il ne pèse pas seulement sur ceux qui possèdent une voiture. Il entre dans le coût du transport des marchandises, des déplacements professionnels et de nombreuses activités. Sa hausse se diffuse dans l’économie jusqu’au panier de courses. Même celui qui ne s’arrête jamais à une station-service finit par en payer la facture.
Face à cette situation, l’Etat ne reste cependant pas inactif, choisissant notamment de soutenir le transport professionnel, parallèlement aux efforts consentis pour contenir les prix du butane. Ainsi, au titre de cet exercice, l’enveloppe consacrée à la compensation a été portée à 22 milliards de dirhams, après l’ouverture de crédits supplémentaires de 8 milliards de dirhams. Cette rallonge vise à absorber l’augmentation de la charge liée au gaz butane, dont la subvention moyenne par bonbonne de 12 kilogrammes a atteint 61,79 dirhams entre janvier et août 2026, soit une progression de 15,75% sur un an, et à financer le soutien exceptionnel réactivé en faveur des professionnels du transport routier. Entre janvier et septembre 2026, ce dispositif a mobilisé environ 2,5 milliards de dirhams pour alléger leurs coûts d’exploitation et limiter la répercussion des hausses sur les tarifs de transport.
Certes, une aide aux transporteurs peut se justifier par la nécessité de contenir les effets en cascade. Sauf qu’aider les transporteurs ne revient pas automatiquement à protéger les ménages. Encore faut-il que le soutien public freine la hausse des tarifs et celle du prix des marchandises. Aujourd’hui, visiblement, l’Etat doit faire mieux. Et plus.
C’est pourquoi nombre d’observateurs soutiennent que le gouvernement ne peut écarter d’un revers de main le débat sur la fiscalité des carburants. Protéger les équilibres budgétaires est une responsabilité. Éviter que leur préservation ne se fasse au prix d’un appauvrissement des ménages en est une autre.
C’est précisément dans les périodes de tension que l’action publique doit organiser le partage de l’effort, en tenant compte de la capacité de chacun à supporter le choc. Une baisse temporaire de la taxation des carburants mérite donc d’être étudiée, chiffrée et comparée aux autres formes de soutien. Son intérêt doit ainsi être apprécié au regard d’aides plus ciblées, mais également de ses effets possibles sur les coûts du transport et sur les prix des marchandises.
Mais au-delà des réponses à l’urgence, le Maroc doit s’attaquer à ce qui rend ces hausses si coûteuses : sa dépendance énergétique. Accélérer les renouvelables, développer le stockage et réduire la consommation d’énergies fossiles doivent servir l’ambition de gagner en souveraineté pour moins subir les marchés internationaux. Cette autonomie se construira dans la durée. Elle doit pourtant guider les décisions d’aujourd’hui. Car protéger durablement le pouvoir d’achat, c’est aussi faire en sorte qu’une flambée des cours à l’autre bout du monde ne se répercute plus aussi lourdement sur le budget des familles marocaines.