Au Maroc, le réseau autoroutier est sous pression : entre dette abyssale et modèle économique sous tension, l'heure est aux arbitrages.
Face à une dette structurelle qui pèse sur la Société nationale des autoroutes du Maroc (ADM) et à une rentabilité inégale selon les régions, le gouvernement explore de nouvelles pistes pour rétablir l'équilibre financier.
Parmi les solutions envisagées, la révision à la hausse des tarifs de péage est sur la table, une option qui ne manquera pas de susciter de vifs débats.
Lors de son passage devant la commission des infrastructures de la Chambre des représentants, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, a mis en avant la nécessité d’une refonte du modèle économique d’ADM.
La dette annuelle de la société atteint 1 milliard de dirhams, une situation qui pourrait perdurer jusqu'en 2033 en raison de la faible rentabilité de certaines portions du réseau.
En effet, sur les 1.800 km d'autoroutes en service, 500 km enregistrent une fréquentation trop basse pour couvrir leurs coûts d'exploitation.
Le ministre a rappelé que l'investissement total dans les infrastructures autoroutières marocaines a atteint 55 milliards de dirhams, financés à hauteur de 80% par des fonds internationaux et 20% par les capitaux propres d'ADM.
Or, les recettes du péage restent insuffisantes pour absorber les charges d'entretien et de remboursement de la dette, notamment en raison du gel des tarifs depuis près de deux décennies, alors que les coûts de construction et de maintenance ont explosé.
Accessibilité Vs rentabilité
Face à cette situation, la possibilité d'une hausse des tarifs de péage est à l’étude dans le cadre du nouveau contrat-programme avec l’État.
"Les coûts ont augmenté, mais les tarifs, eux, sont restés figés depuis 2005", a souligné Nizar Baraka, ajoutant que le Maroc applique des tarifs inférieurs à ceux de nombreux autres pays. En 2018, une révision tarifaire avait déjà été envisagée, sans jamais être appliquée.
Toutefois, cette perspective se heurte à de fortes réticences. Omar Baz, député du Mouvement populaire, a critiqué l’idée d'une augmentation des tarifs dans le contexte économique et social actuel, marqué par une hausse du coût de la vie, notamment des carburants.
Il a également pointé les fortes disparités régionales dans la répartition du réseau autoroutier, estimant que les efforts d’investissement devraient viser à réduire les inégalités plutôt qu'à alourdir la facture des usagers.
Des solutions alternatives pour éviter la hausse
Outre l’hypothèse d’une augmentation des tarifs, ADM explore d’autres leviers financiers pour stabiliser ses comptes. La restructuration de la dette, engagée entre 2016 et 2020, a permis de refinancer 15,5 milliards de dirhams, soit 40% de l’endettement global, réduisant ainsi le service de la dette de 5 milliards de dirhams jusqu’en 2032.
L’entreprise a également amorcé un refinancement de ses emprunts à taux élevés par des financements plus avantageux, ramenant ainsi son endettement de 40 à 37 milliards de dirhams en 2023.
Par ailleurs, le gouvernement envisage de développer de nouvelles sources de financement, notamment en optimisant l’exploitation des espaces commerciaux situés aux abords des autoroutes ou en associant des partenaires privés à certains tronçons à faible rentabilité.
Une autre piste envisagée serait de lier la contribution de l’État à ADM au niveau de fréquentation de chaque section.
Si l'augmentation des tarifs de péage reste une option, elle ne pourra être décidée qu'à l'issue des négociations du nouveau contrat-programme entre ADM et l'État.
Dans l'attente d'une décision finale, l’enjeu reste de concilier viabilité financière et accessibilité du réseau, dans un contexte où les infrastructures routières jouent un rôle crucial dans le développement économique du pays.