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Maroc : Les trois inquiétudes qui plombent le moral des ménages

Maroc : Les trois inquiétudes qui plombent le moral des ménages

Après plusieurs trimestres de redressement, la confiance des ménages marocains marque le pas. Au troisième trimestre 2026, l’indice de confiance recule légèrement à 59,2 points, selon le haut-commissariat au Plan (HCP). 
 

La confiance des ménages marocains peine à retrouver un véritable élan. Selon les résultats de l’enquête permanente de conjoncture du HCP, l’indice de confiance des ménages (ICM) s’est établi à 59,2 points au troisième trimestre 2026, contre 60,1 points au trimestre précédent. Un recul de 0,9 point qui intervient après une phase de redressement amorcée en 2025.

Sur un an, l’amélioration reste néanmoins sensible. L’indice gagne 5,6 points par rapport aux 53,6 points enregistrés au troisième trimestre 2025. Mais cette progression annuelle ne suffit pas à masquer la fragilité du moral des ménages.Le contraste est d’autant plus marqué que l’indice avait atteint 64,4 points au premier trimestre 2026, avant de céder du terrain durant les deux trimestres suivants. En six mois, il a ainsi perdu 5,2 points.

Cette évolution traduit une confiance encore hésitante, dans un contexte où les ménages continuent de ressentir les effets des tensions sur leur niveau de vie, leurs finances et leurs perspectives d'emploi.

Niveau de vie 

C’est l’un des enseignements les plus révélateurs de l’enquête du HCP. Malgré l’amélioration de certains indicateurs sur un an, le sentiment de dégradation du niveau de vie demeure largement majoritaire. Au troisième trimestre 2026, 76,3% des ménages déclarent que leur niveau de vie s’est détérioré au cours des douze derniers mois. Seuls 5,2% constatent une amélioration, tandis que 18,5% estiment que leur situation est restée inchangée.

Le solde d’opinion relatif à l’évolution passée du niveau de vie ressort ainsi à -71,1 points contre -73,1 points au trimestre précédent et -72,9 points un an auparavant.
Cette légère amélioration ne change pas fondamentalement le diagnostic. Pour une très large majorité des ménages, le quotidien reste marqué par une perte de confort économique.
Les perspectives ne sont guère plus encourageantes. Plus de la moitié des ménages, soit 51,7% anticipent une nouvelle dégradation de leur niveau de vie au cours des douze prochains mois.

A l’inverse, seulement 8,7% espèrent une amélioration et 39,6% tablent sur une stabilité.
Le solde d’opinion prospectif s’établit à -43 points contre -41,7 points au deuxième trimestre. Autrement dit, les anticipations se détériorent légèrement, même si elles demeurent moins négatives qu’un an auparavant. Cette divergence entre l’amélioration annuelle de l’indice global et la persistance du pessimisme sur le niveau de vie illustre les limites du redressement de la confiance.

Prix alimentaires 

La question du pouvoir d’achat reste indissociable de celle des prix alimentaires. Et sur ce terrain, les résultats du HCP sont particulièrement éloquents.
Au troisième trimestre 2026, 95,9% des ménages affirment avoir constaté une augmentation des prix des produits alimentaires au cours des douze derniers mois. A peine 0,4% déclare avoir observé une diminution.

Le solde d’opinion correspondant ressort à -95,5 points contre -97 points au trimestre précédent. Il retrouve ainsi exactement son niveau du troisième trimestre 2025.
Cette perception quasi généralisée de la hausse des prix alimentaires montre à quel point la question du coût de la vie continue de peser sur le moral des ménages. Il convient toutefois de distinguer cette perception de l’évolution mesurée de l’inflation. L’enquête du HCP renseigne sur le ressenti des ménages concernant les prix, et non sur le rythme effectif de leur augmentation.

Pour les douze prochains mois, le pessimisme reste également dominant. Près de 78% des ménages, précisément 77,9%, anticipent une nouvelle hausse des prix alimentaires. Seuls 1% envisage une diminution, tandis que 21,1% prévoient une stabilité. Le solde d’opinion relatif à l’évolution future des prix alimentaires s’établit à -76,9 points contre -75,2 points au trimestre précédent. Ainsi, même si la perception de l’évolution passée des prix s'améliore légèrement, les anticipations restent défavorables. Une situation susceptible d'entretenir la prudence des ménages dans leurs décisions de consommation.

Epargne : une capacité financière presque inexistante pour la majorité

C’est probablement l’un des indicateurs les plus préoccupants de cette enquête. Au troisième trimestre 2026, 92,5% des ménages estiment qu’ils ne pourront pas épargner au cours des douze prochains mois. Seuls 7,5% pensent pouvoir mettre de l’argent de côté. Le solde d’opinion relatif à la capacité future d’épargne tombe ainsi à -85 points contre -80,9 points au trimestre précédent et -80,8 points un an auparavant.

Cette dégradation souligne la faiblesse des marges de manœuvre financières anticipées par les ménages. La photographie de leur situation actuelle confirme cette fragilité. Selon le HCP, 58,2% des ménages déclarent que leurs revenus couvrent leurs dépenses. En revanche, 39% affirment devoir s’endetter ou puiser dans leur épargne pour faire face à leurs besoins.
Plus révélateur encore, seuls 2,8% indiquent parvenir effectivement à épargner une partie de leurs revenus. Ces chiffres mettent en évidence une réalité : pour une proportion importante de ménages, l’équilibre budgétaire repose sur une gestion serrée des ressources disponibles, voire sur le recours à l’endettement ou à l’épargne accumulée.

Cette situation peut également limiter leur capacité à faire face aux dépenses imprévues et à financer des projets à moyen terme.

Le solde d’opinion relatif à la situation financière actuelle ressort à -36,2 points, quasiment stable par rapport au trimestre précédent (-36,1 points). Quant à l’évolution de leur situation financière au cours des douze derniers mois, 44,9% des ménages estiment qu’elle s’est détériorée contre seulement 4,7% qui constatent une amélioration. Les anticipations financières restent également légèrement négatives : 16,5% des ménages espèrent une amélioration de leur situation au cours des douze prochains mois, contre 18,4% qui redoutent une dégradation. La majorité, soit 65,1%, s’attend à une stabilité.

Chômage : le pessimisme regagne du terrain

L’emploi constitue un autre facteur de fragilité de la confiance. Selon l’enquête, 61,3% des ménages anticipent une augmentation du chômage au cours des douze prochains mois contre 17,3% qui prévoient une diminution. Le solde d’opinion correspondant s’établit à -44 points contre -38,8 points au trimestre précédent. La dégradation trimestrielle atteint ainsi 5,2 points, ce qui en fait l’un des principaux facteurs de recul de l’indice global de confiance.

Sur un an, le constat est toutefois plus favorable, puisque le solde d’opinion se situait à -56,4 points au troisième trimestre 2025. Cette double évolution révèle un phénomène intéressant : les ménages sont moins pessimistes qu’un an auparavant, mais leurs inquiétudes concernant les perspectives d’emploi se sont accentuées au cours des derniers mois.
Or, les anticipations relatives au chômage peuvent peser sur les comportements économiques, notamment en encourageant les ménages à différer certaines dépenses par précaution.

Consommation : les achats importants restent différés

La prudence des ménages se retrouve également dans leur appréciation de l’opportunité d’acquérir des biens durables. Au troisième trimestre 2026, 63,8% des ménages considèrent que le moment n’est pas favorable à ce type d’achats, contre seulement 14,5% qui estiment le contraire. Le solde d’opinion ressort à -49,3 points contre -50,6 points au trimestre précédent et -57,7 points un an auparavant.

L’indicateur poursuit donc son amélioration, mais reste profondément négatif. Cette situation traduit une réticence persistante à engager des dépenses importantes, notamment celles qui nécessitent une mobilisation significative de ressources financières. Le poids des dépenses courantes, la faiblesse de l’épargne et les incertitudes concernant l’emploi contribuent à expliquer cette prudence.

Au-delà des évolutions trimestrielles, les résultats du HCP mettent en évidence un décalage persistant entre le redressement de l’indice global et le ressenti des ménages.
Certes, l’ICM a gagné 5,6 points en un an. Plusieurs indicateurs enregistrent également des améliorations sensibles par rapport au troisième trimestre 2025, notamment les perspectives de chômage, l’opportunité d’achat de biens durables et l’évolution passée de la situation financière.

Mais les niveaux atteints restent largement négatifs. Trois données résument à elles seules cette fragilité : plus de trois ménages sur quatre estiment que leur niveau de vie s’est dégradé, près de quatre sur dix déclarent devoir s’endetter ou puiser dans leur épargne et plus de neuf sur dix n’envisagent pas de pouvoir épargner dans les douze prochains mois.

Ces résultats montrent que l’amélioration relative de la confiance ne signifie pas nécessairement une amélioration ressentie des conditions matérielles d’existence.
Ils mettent également en évidence les défis qui demeurent en matière de pouvoir d’achat, d’emploi et de capacité d’épargne.

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